Comment apporter de l’accessibilité à des personnes souffrant d’un handicap mental, psychique ou cognitif ? Telle est la question sur laquelle se sont penchés les différents intervenants de la conférence « Ville accessible à tous : Ville accueillante et compréhensible ? » organisée à Lyon le 28 novembre dernier par le CNFPT, le Certu et l’Université Lyon 2. Morceaux choisis par nos amis d’Handirect

16 % C’est le pourcentage de français qui seraient concernés par un handicap mental, psychique ou cognitif selon l’enquête « Handicaps-incapacités-dépendance », réalisée par l’INSEE en 1999. Parmi eux, 9,3 % auraient des difficultés légères, 5,6 % des difficultés moyennes et 0,9 % des difficultés importantes. Souvent assimilés au bruit, à l’agitation ou à l’agressivité, ces handicaps sont pourtant discrets ou invisibles dans la plupart des cas.

Des handicaps peu ou mal connus

Concernés par la loi de 2005 au même titre que les handicaps physiques et sensoriels, les handicaps mentaux, psychiques et cognitifs restent en effet très méconnus aujourd’hui. D’après le Certu* (Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques) : « Le handicap mental est la conséquence d’une déficience intellectuelle, pouvant être considérée comme une capacité plus limitée d’apprentissage et un développement intellectuel significativement inférieur à la moyenne, avec des difficultés de réflexion, de conceptualisation et de communication ». Les handicaps cognitifs et psychiques, quant à eux, n’impliquent pas de déficience intellectuelle : « Le handicap cognitif est la conséquence de dysfonctionnements des fonctions cognitives tels que des troubles de l’attention, de la mémoire, de l’adaptation au changement… impliquant des difficultés à mobiliser ses capacités », ce qui est le cas de la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, ou de troubles acquis suite à un traumatisme crânien ou un accident vasculo-cérébral comme les alexies ou aphasies. « 

Le handicap psychique est la conséquence de troubles psychiques invalidants tels que la schizophrénie, les troubles dépressifs graves, les troubles bipolaires, les troubles anxieux et troubles de la personnalité. Il est caractérisé par une alternance d’états calmes ou tendus […] et peut notamment se traduire par des angoisses, des difficultés de communication et des troubles cognitifs touchant la mémorisation, l’attention, ou les capacités d’organisation et d’adaptation au contexte ».

Des difficultés communes à un public très large

Concernant les difficultés rencontrées, elles sont aussi variables que les types de handicaps et de situations possibles. Toutefois un constat ressort systématiquement : la plupart des problèmes d’accessibilité rencontrés quotidiennement par des personnes handicapées sont aussi susceptibles de toucher un jour n’importe quelle autre personne qui, pour diverses raisons, ne serait pas dans son élément : lieu inconnu ou fréquenté pour la première fois, fatigue, situation stressante ou imprévue…

C’est forte de ce constat que Gabrielle Labescat, membre d’Atout France (Agence de développement touristique de la France), a décidé d’observer les besoins et difficultés des touristes pour mieux comprendre ceux des personnes handicapées : « C’est édifiant. Un grand nombre de problématiques sont communes aux touristes et aux personnes en situation de handicap mental, psychique ou cognitif. Ils sont en quête de points de repères, ont besoin d’être guidés et rassurés. Comme ils ne comprennent pas toujours notre langue, ils recherchent des images ou pictogrammes pour s’orienter. Ils apprécient également beaucoup que quelqu’un leur propose de l’aide et soit en mesure de le faire dans un langage qu’ils connaissent, et notamment l’anglais ». Autant d’éléments qui constituent des pistes d’amélioration pour l’accessibilité de tous.

Laurent Saby, chargé d’études au Certu de Lyon résume ainsi la situation : « La notion de handicap apparaît dès lors qu’il y a une inadéquation entre une personne et son environnement. D’où l’intérêt d’une meilleure prise en compte des personnes handicapées, qui bénéficiera en fait à tous les publics ».

Il distingue plusieurs types de difficultés, certaines liées au stress et à la communication, d’autres à l’analyse et au repérage. « Les personnes en situation de handicap mental, psychique ou cognitif ont souvent une émotivité et une sensibilité au stress supérieure à la moyenne, parfois associées à des difficultés de communication et de gestion des imprévus. Cela peut entraîner une certaine lenteur dans la compréhension et la prise de décision, une impatience, et des difficultés à entrer en contact avec autrui, par exemple pour demander un renseignement.

Ces personnes peuvent aussi connaître des difficultés dans la prise d’information et le repérage spatio-temporel du fait de troubles de mémoire, de concentration ou d’analyse. Elles peuvent notamment avoir du mal à se repérer sur un plan, à faire le tri parmi des informations trop nombreuses, complexes ou abrégées, à comprendre les données écrites ou certains pictogrammes trop insignifiants ».

La simplicité, le confort et le facteur humain comme pistes d’amélioration de l’accessibilité

Pour remédier à ces difficultés, le Certu dégage quatre grands terrains d’actions :

  • l’aide à la préparation des déplacements pour permettre une meilleure anticipation des difficultés,
  • l’amélioration et la simplification des informations apportées par la signalétique,
  • la dimension humaine pour améliorer l’accueil et l’accompagnement,
  • la mise en place d’un environnement accueillant et rassurant pour limiter au maximum les situations anxiogènes.

Joël Meissonnier, chargé de recherches au Cété Nord-Picardie, estime pour sa part que les améliorations devraient commencer dès la conception des plans de villes et de réseaux de transports : « Il faudrait réduire le nombre de mots, mettre des symboles évocateurs, et veiller à placer les cartes à des endroits visibles et pratiques, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui. On pourrait aussi faire des plans en projection à plat, de manière à ce que l’on puisse se situer plus facilement dès lors que l’on se trouve en face de l’affiche ». « Une formation des personnels des villes et des transports est également indispensable pour que chaque intervenant sache comment détecter une personne en difficulté et comment réagir devant chaque type de handicap », ajoute-t-il.

Pour Marie Prost-Coletta – déléguée ministérielle à l’accessibilité – qui a clôturé la conférence Ville accessible : « Il n’est pas possible de généraliser compte tenu de la grande diversité des situations, mais dans tous les cas le maître mot reste la simplification, notion qui ne peut qu’améliorer le quotidien de tous. Et pourquoi ne pas inventer à l’avenir un concept d’autonomie accompagnée ? », a-t-elle conclu.

Selon vous, que doit-on améliorer en termes d’accessibilité ? 

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