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24OCT 12

Accessibilité à Grenoble : l'interview de Stéphane Gemmani

Le mois de l’accessibilité à Grenoble, c’est terminé. L’accessibilité urbaine pour le handicap, c’est aussi l’accessibilité à l’emploi. Même si Talentéo se centre sur le recrutement et le management des talents, commençons par l’essentiel : il faut déjà pouvoir aller au travail!

Nous avions parlé du mois de l’accessibilité, qui a eu lieu entre le 15 septembre et le 15 octobre 2012. Le programme : voir notre article.

L’interview

Stéphane Gemmani, conseiller municipal délégué à l’accessibilité de Grenoble, a accepté de répondre à une interview exclusive et inédite  : Il revient sur ce mois de l’accessibilité :

Ce mois-ci, vous aviez un programme très chargé. Comment se sont déroulés les évènements jusqu’à présent?

Outre le fait que nous avons bien plus de manifestations d’année en année et que d’autres communes nous ont rejoints dans cette manifestation, le bilan intermédiaire est très encourageant, car nous comptabilisons bien plus de fréquentation que les années précédentes.

L’accessibilité était visée déjà légalement avec la loi de 2005. L’objectif du tout accessible avant 2015 est-il encore imaginable à Grenoble?

Cela sera difficile mais nous sommes sur la bonne voie. Preuves : la Ville a été primée à plusieurs reprises : lauréate 2011 et 2012 des trophées de l’accessibilité et du développement durable, et primée par la Commission européenne lors des « access city award » 2012, avec un prix européen pour l’accessibilité des services publics.

Où en sommes-nous à ce niveau?

La moyenne nationale est de 15% des ERP accessibles. Grenoble est à 42% contre 35% en 2005 avec 16% des écoles accessibles. C’est mieux pour l’espace public : 80 % du centre-ville et 67% de la Ville sont accessibles, mais il reste fort à faire car il s’agit là de l’accessibilité physique pour les PMR, il reste à améliorer l’accessibilité de la ville aux personnes déficientes visuelles, aux personnes déficientes intellectuelles, etc… c’est un challenge pour les années à venir

Où en est en particulier le programme inovaccess?

Inovaccess est en phase opérationnelle, les 70 diagnostics réalisés dans des PME/PMI ont permi de lancer les études préalables à des travaux dans une quarantaine d’entreprises. On attend le retour de celles qui souhaitent investir dans des travaux, notamment le CEA qui aura un effet levier sur les PME, attentistes, dans le contexte économique actuel.

 
Mois de l’accessibilité – Parcours 1 : Inovacess par VilledeGrenoble

Un colloque est à l’étude pour 2013, il fera le point sur l’expérience, et l’accessibilité en général, retenez la date : les 2 et 3 octobre 2013. La Commission européenne a signalé son intérêt pour cette démarche innovante : l’accessibilité de la ville à l’emploi.

Que reste-t-il à faire ?

Beaucoup, notamment faire évoluer les mentalités pour banaliser le handicap. Si on sait aujourd’hui aménager une ville accessible à la personne en fauteuil roulant, c’est plus complexe de prendre en compte les handicaps sensoriels ou les handicaps invisibles par exemple. C’est pourtant un enjeu de société, lié notamment au vieillissement de la population.

On parle beaucoup de l’accessibilité physique des établissements privés ou publics, et on le comprend aisément : rien ne pourra avancer tant que les personnes en situation de handicap ne le pourront pas eux-mêmes! Mais l’accessibilité à l’emploi n’est-il pas un problème également important?

C’est la principale discrimination, car on peut toujours agir sur les leviers traditionnels (accessibilité du logement, des transports en commun,etc…), mais si on n’agit pas en faveur de l’emploi pour tous, on n’a fait qu’une partie du chemin pour intégrer socialement la personne handicapée. L’idée que je souhaite porter, c’est que la personne handicapée qui a un emploi apporte une richesse à l’entreprise car elle souvent très motivée

Que fait la ville à ce sujet?

Au-delà d’Inovacces, la Ville montre l’exemple en terme d’emploi : deux protocoles en faveur de l’emploi des personnes handicapées ont été signés en 2004 et 2008 avec les organisations syndicales ; une convention a été signée avec le fonds d’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) 2009-2011. Cette convention va être reconduite fin 2012. Un guide : « Handicap, passons à l’emploi » a été réalisé à l’attention du personnel municipal ; le seuil des 6% de salariés handicapés est désormais dépassé : 7% en 2011.

Qu’est-ce qui pêche le plus concernant l’emploi des personnes en situation de handicap à votre avis?

Il faut à la fois changer le regard porté sur les personnes handicapées et améliorer l’accès à la formation, passer d’une logique où on assiste la personne à une logique où on donne les moyens à la personne handicapée de se former et d’évoluer professionnelement

Quelles sont selon vous les solutions, ou les pistes de solutions?

Comme nous le faisons dans chaque  actions dont nous avons la compétence, notamment dans le cas de notre commission communale d’accessibilité… Allez toujours plus loin dans ce « bon sens » qui est de préconiser des équipements qui favorisent l’accès aux usagers en situation de handicap, mais avec une projection des adaptations permettant de favoriser également l’emploi de personnes en situation identique. Cet effort est d’une grande transversalité, car tout ce qui peut être imaginé et réalisé en partant de cette réflexion autour du handicap, favorise tout autant, la qualité de vie au travail des valides. Dans une société ou nous allons être confronté à un vieillissement des travailleurs, tout postes confondus, la qualité d’usages de ces évolutions vont inexorablement améliorer la vie au travail pour tous, et éviterons certainement que certains pathologies se développent grâce aux réflexions et aux évolutions apportées sur ces postures dans ces environnements contraints. Après, nous favorisons également cet accès à l’autonomie économique, car une personne en situation de handicap ne doit pas être résignée ou confinée aux seuls minima-sociaux. C’est un plus pour l’entreprise et ses compétences doivent être rémunérées à l’identique d’un salarié valide. Le tissu social et relationnel est d’autant favorisé quand on est immergé parmi d’autres, dans un environnement professionnel. Enfin, la formation supérieur sera également mieux envisageable car il y aura des débouchés dû au fait que les entreprises auront une organisation adaptée. Les chiffres nationaux l’attestent : 20% des personnes en situations de handicap ont une formation supérieur et trouvent très difficilement des postes par la suite par inadaptation des conditions des entreprises successibles de les embaucher. En s’attaquant à l’accessibilité des entreprises, on favorise ce terrain, et nous pourrons susciter la volonté de celles et ceux qui hésitaient à se lancer dans une formation supérieur, et qui ne le faisaient par par dépit de ne pas avoir l’espoir un jour de travailler comme tout un chacun.

Êtes-vous prêt à imaginer un partenariat entre Talentéo et la ville de Grenoble?

Rien n’est jamais impossible…

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