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19JUN 12

Handicap & Accessibilité informatique : un débat sur la place du handicap dans la société

Nous sommes bien placés pour connaître l’importance que prennent les réseaux sociaux dans les pratiques sociales. Ils sont très utilisés, et résultent d’un besoin de communication horizontale. Cette horizontalisation met le recruteur et le candidat dans une démarche parallèle : développer une réputation numérique, ou développer l’image des Ressources Humaines grâce au marketing RH. Nous y sommes impliqués à 200%, et l’avons montré en co-organisant Grenoble 2.0 avec la CCI de Grenoble et Ecobiz, parce que nous savons que ça fonctionne. Caroline Vincelet, consultante 2.0, a été recrutée sur Twitter et Coraline De Garcia, sa consoeur, également.

La question de l’accessibilité numérique est-elle révélatrice de la place que nous donnons aux personnes en situation de handicap dans notre société?

Que les personnes « en handicap » au point de vue de leur accès à l’information s’adaptent aux médias, ou le contraire, c’est toute la problématique posée par cette première question. Qui doit faire l’effort? La personne handicapée? La société?

1. Les besoins en accessibilité : des chiffres peu clairs

« Selon une statistique souvent citée, 80 % des sourds seraient illettrés ! D’où vient ce chiffre ? Qui l’a calculé ? Sur quels critères ? À la suite de quelle enquête ? Personne ne semble le savoir et de nombreux auteurs citent ce chiffre sans le vérifier. La lecture de « L’enfant sourd », qui synthétise un grand nombre d’études, montre que certaines “paroles d’évangiles” au sujet des sourds, viennent d’enquêtes anciennes (années 60), menées dans un contexte culturel différent (États-Unis, notamment), sur des échantillons peu représentatifs (trente enfants d’une même école). Leur généralisation est donc risquée, voire abusive. »

Surdités, accessibilité et illettrisme, Marc Renard, ARDDS (Association de Rédaptation et Défense des Devenus Sourds et Malentendants)

En 2002, l’INSEE a publié les résultats de son enquête HID (Handicaps, incapacités, dépendance) : au total, 5,18 millions de personnes souffrent d’une déficience auditive. 1,43 million de personnes souffrent d’une déficience auditive moyenne à sévère ; 303 000 personnes souffrent d’une déficience auditive profonde ou totale. Quatre déficients auditifs sur cinq déclarent une ou plusieurs autres déficiences, le plus fréquemment d’ordre moteur (44 %). Moins de 1 % des déficients auditifs (44 000) déclarent utiliser la langue des signes (8 % chez les personnes ayant une déficience auditive profonde ou totale).

Les référentiels WCAG, Accessiweb et RGAA (des labels en accessibilité numérique) n’exigent une interprétation en langue des signes qu’en cas de présence d’un média temporel (type son, vidéo et synchronisé). Cette exigence ne s’applique d’ailleurs que pour des niveaux d’accessibilité AAA (ou Accessiweb Or), estimant que la présence d’alternative comme des transcriptions textuelles et des sous-titres synchronisés (s’ils sont nécessaires) étaient suffisantes.

Par ailleurs, rappelons-nous que sur l’ensemble des handicaps, seulement 15% sont visibles… Le handicap n’est pas restreint au visuel ni à l’auditif, et dans le cas échéant, il n’est que rarement total. L’accessibilité n’est elle-même pas réduite au handicap! On peut aussi penser aux personnes qui sont dans des zones peu couvertes par le haut débit, et qui mettent une minute à charger une image.

2. L’accessibilité aux réseaux sociaux

Notre consultant fait partie d’un groupe de travail national comprenant des handicaps moteurs et visuels, le MIPAW, qui définit un modèle d’implémentation progressive de l’accessibilité dans un projet web. Il nous confirme que ces personnes sont « à fond sur les réseaux sociaux » ! Ce qui est dû en grande partie à l’arrivée des smartphones et la prise en charge des commandes vocales…

Pour témoignage, Damien Birambeau, fondateur du guide web jaccède.com, que nous avons interviewé il y a quelques jours :

« Les personnes en situation de handicap ont naturellement recours aux nouvelles technologies pour des raisons pratiques tout d’abord (…) Les personnes en situation de handicap utilisent énormément les nouvelles technologies et les réseaux sociaux car ils placent tout le monde sur un pied d’égalité (…) Les personnes handicapées visuelles peuvent de plus en plus facilement surfer sur la toile. Cela a été rendu possible grâce à la prise de conscience internationale qu’il fallait rendre le web accessible à tous. »

3. L’accessibilité talenteo.fr

Appuyés par un expert Accessiweb membre du Groupe de Travail sur l’Accessibilité, nous sommes en voie de labellisation Argent et construisons depuis le lancement du site une démarche pour obtenir le niveau AA des WCAG.

Talenteo.fr est un site doublement accessible. Il résulte d’une approche en équilibre instable qui, à l’image de l’apprivoisement entre handicap et emploi, créé un terrain d’entente entre professionnels et candidats. Il est donc un compromis qui évolue en permanence entre valides et non valides, avec les moyens dont nous disposons.

3. L’intégration du handicap : un équilibre instable

La question est inévitablement plus large. Elle est celle de l’accessibilité autant que de la confiance aveugle en des chiffres. Elle est celle aussi de la place que nous donnons au handicap dans la société, et du choix d’intégration que nous faisons.

Qu’est-ce qui fait que certaines personnes excellent en la matière, sans aide particulière? Qu’est-ce qui fait que certaines personnes se battent dans le vide, et d’autres se battent et réussissent? Il est évident que les réseaux sociaux doivent évoluer vers davantage d’accessibilité, et que, même si le matériel adapté est en perpétuelle évolution, il y a encore des progrès à faire. Notamment en terme de coût et d’apprentissage pour les personnes handicapées.

Il faut réfléchir à ce que nous souhaitons en terme d’intégration. C’est une question délicate, certes. Qui doit faire l’effort? La personne handicapée? La société? Si vous avez une opinion sur la question, nous vous invitons à la partager en commentaire. La discussion est ouverte, et peut continuer, sans jugement ni arbitrage en faveur de l’une ou l’autre position.

Qu’en pensez-vous?

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Commentaires (6)

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Carima

2 juillet 2012 - 14 h 11 min

Bonjour à tous,

Le monde de la communication est en mouvement permanant et le besoin des entreprises demandent aujourd’hui une dynamique et un service de qualité qui peut être accomplie par nous personnes en situation de handicap.
Moi, j’ai eu l’idée de contrer les préjugés en proposant mes compétences professionnelles par le biais du télétravail.

Comme les entreprises sont frileuses pour l’embauche en tant que salarié, moi je leur prose mes compétences par le biais du télésecrétariat et de la permanence téléphonique à distance..
J’ai créé le slogan des consciences qui est le suivant :
ENSEMBLE, INNOVONS TOUJOURS PLUS A DISTANCE.

Nous avons peut-être un handicap, mes nous avons aussi notre intelligence en bon état. Donnons la possibilité aux entreprises qui résistent de nous faire confiance et de les dynamiser sur des embauches plus sereines.
Le télétravail donne cette possibilité. Que nous soyons télétravailleur salariés ou indépendants.

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    c.vincelet

    5 juillet 2012 - 9 h 09 min

    C’est une belle leçon d’autonomie que vous nous racontez, Carima. L’Agefiph vous a-t-elle aidé pendant la mise au point de votre projet? Je suis sûre que d’autres personnes, comme vous, veulent créer leur travail pour convaincre les entreprises. Cela serait intéressant d’entendre votre histoire!

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Vanessa

19 juin 2012 - 10 h 24 min

A la recherche d’un emploi en alternance en RH étant complètement non voyante, je viens de louper un poste auprès d’une grande société du fait de l’inaccessibilité du logiciel interne qu’ils utilisent avec les logiciels de revue d’écran.
A quand une vraie loi pour encadrer tout cela et obliger les entreprises à rendre accessible les logiciels internes ou ceux sur le marché?

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    c.vincelet

    5 juillet 2012 - 9 h 14 min

    Vanessa, pensez-vous que c’est la loi qui pose le plus problème? N’est-ce pas tout simplement que l’entreprise dans laquelle vous avez réussi votre entretien n’était pas préparée (physiquement et psychologiquement) à l’accueil d’une personne en situation de handicap?… Cette grande société avait-elle une mission handicap? Étiez-vous la première candidate à leur poser la question de l’accessibilité?

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anne elisabeth liebmann

19 juin 2012 - 9 h 48 min

Bonjour à tous !

L’effort de recrutement pour le handicap doit se réaliser dans les deux sens : la situation de handicap est souvent un prétexte pour dire que la situation du recrutement est complexe : un vrai problème est l’adéquation entre le niveau du diplôme, l’offre et le handicap.
Dernièrement j’ai participé à deux forums de recrutements sur le handicap : les offres étaient orientés bac + 2 ou apprentissage, mais l’offre située à bac + 5 voire davantage est difficile à dénicher.
Un grand de l’électronique faisait se triste constat :
« Nous recherchons des spécialistes informatique électornique, tellement spécialisés que nous avons de la difficulté à trouver du personnel avec la reconnaissance du Handicap » …

Ce n’est pas aisé de trouver un job lorsque l’on a la chance d’avoir un diplôme supérieur à Bac + 7 … et pourtant …!

Autre point l’âge et le handicap sont deux facteurs qui sont un frein à l’embauche …!

La sensibilisation au recrutement en situation de handicap a encore du chemin à parcourir !

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    c.vincelet

    5 juillet 2012 - 9 h 15 min

    Anne Elisabeth,
    Quel diplôme avez-vous?

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