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La déficience visuelle peut se traduire et être perçue de différentes manières selon les individus. Connaître la situation exacte de son collègue, ses perceptions, ses besoins est donc primordial. Comment interagir avec une personne malvoyante? Quels sont les bons réflexes à adopter? Talentéo vous donne quelques conseils.

Que signifie être malvoyant?

On distingue 3 types de déficience visuelle:

1) la vision tubulaire: avec un champ visuel qui se rétrécit au fil des ans, seule la vision centrale subsiste. La problématique est paradoxale: la personne ayant une vision tubulaire a besoin de lumière pour mieux y voir, mais elle souffre également d’éblouissement.

2) la vision floue: avoir une vision floue signifie que rien n’est bien défini, que la vision nocturne est difficile tout comme la perception des couleurs, avec de possibles éblouissements. La personne qui voit floue ne lit pas de loin, et peut approcher les documents jusqu’à 5cm de ses yeux. Compliqué d’évaluer une distance!

3) perte de la vision centrale: ne reste que la vision périphérique, entrainant une impossibilité de lire, de voir les choses précisément, de reconnaître un visage. Distinguer les couleurs est compliqué, particulièrement celles foncées. Contrairement à la vision tubulaire, il est possible de se déplacer et de s’orienter.

La déficience visuelle peut avoir plusieurs origines: défaut de l’œil, nerf optique qui transmet le message visuel, cerveau, organe majeur de la perception et des fonctions cognitives, toutes pouvant être liées à des maladies comme Parkinson, sclérose en plaque diabète …, des maladies ophtalmiques (glaucome, DMLA, cataracte …), AVC avec lésions cérébrales .

Cette déficience se catégorise par grade: malvoyance profonde (vision limitée aux silhouettes, cécité partielle (pas de vision de loin et lecture de prés impossible), cécité totale (vision après correction < 1/20, pas de perception de la lumière). Chacune demandera des adaptations personnalisées et affectera l’acuité visuelle différemment.

Quelques chiffres

En France, 1 700 000 personnes sont malvoyantes: 207 000 aveugles ou malvoyants profonds, 932 000 malvoyants de loin. Plus de 50% des malvoyants et aveugles occupent un emploi. Le chiffre de 36 millions d’aveugles dans le monde établi en 2015, devrait tripler à cause du vieillissement de la population et de l’augmentation démographique. Aujourd’hui, en France, un bébé né aveugle toutes les 15 heures.

Cependant, les experts s’entendent pour dire que cette estimation pourrait baisser si le développement de nouveaux traitements est engagé.

Comment mieux travailler ensemble?

La déficience visuelle pouvant se traduire de différentes manières et étant également perçue différemment selon les individus, connaître la situation exacte de son collègue, ses perceptions, ses besoins est primordial.

Voici quelques conseils :

  • Attention à ce qu’aucun carton, objet, meuble ne soit sur le passage de votre collègue. Sa canne, s’il en utilise une, l’aidera, sauf pour ceux qui sont à hauteur de visage. Laissez les portes ouvertes ou fermées, mais pas entrouvertes: cela évitera que votre collègue ne se tape dedans,
  • Dîtes bonjour en vous présentant lorsque vous croisez votre collègue, et dîtes lui que vous lui tendez la main.
  • Pour les réunions, donnez-lui les textes des interventions en amont: il pourra les transcrire dans le format qui lui convient le mieux. Un tour de table l’aidera à situer les intervenants: les personnes mal voyantes ont une audition accrue et se repère souvent aux sons.
  • Accompagner son collègue pour visiter l’entreprise ou pour aller à un point de rendez-vous, l’aidera à mieux se repérer; utilisez sa méthode habituelle pour le guider.
  • Votre collègue se déplace avec un chien guide: ne le caressez pas, ne lui parlez pas : il travaille et il ne faut pas le déconcentrer! Pendant les phases de repos, c’est à voir avec son maître.
  • Soyez précis dans vos explications: donnez des distances, des repères, expliquez les formes, les volumes, et validez que votre collègue a bien tout interprété.
  • Apprenez à donner le bras: votre collègue vous expliquera comment faire.

Vous voulez réellement savoir comment votre collègue perçoit son environnement de travail? Téléchargez l’application »Eye-view».

Ils composent avec leur handicap

Ray Charles, Gilbert Montagné vous connaissez. Mais d’autres personnes atteintes de déficience visuelle ont réussi leur vie professionnelle :

  • Johnny Depp: saviez-vous qu’il n’y voyait que de l’œil droit? A 50 ans, il a avoué pourquoi il portait des lunettes fumées: amblyope de naissance, aucune opération ne peut y remédier. «Tout est vraiment très flou. Je n’ai jamais vu nettement les choses ». Un  handicap problématique dans des films où les lunettes détonnaient: Edward aux mains d’argent, Pirates des Caraïbes…
  • Laetitia Bernard: aveugle de naissance, elle a bataillé pour atteindre son but: devenir journaliste sportive. Sciences Po, un an à Belin, lauréate de la bourse Julien Prunet qui lui ouvre les portes du CFJ, et la voici sur les ondes de France Inter, France Bleu Ile de France. Pendant les Jeux Paralympiques de Londres, elle couvrait l’équitation, elle-même 6 fois Championne de France de Saut d’Obstacles Handisport.
  • Vincent Buyl: depuis 1981, il est chef cuisinier. Après 13 années au Luxembourg, il travaille depuis une vingtaine d’années en Belgique. Ses collaborateurs sont très attentifs car les occasions de se blesser en cuisine ne manquent pas entre les couteaux, les friteuses.
  • Claude Monet: ce célèbre peintre souffrait d’une cataracte bilatérale. Il a refusé pendant 10 ans de se faire opérer, craignant, comme Honoré Daumier et Mary Cassatt, de devenir aveugle. Il peignait en se fiant à sa mémoire et à sa vision résiduelle de près.
  • Verena Bentele: biathlète handisport et fondeuse allemande, elle compte 4 titres de Championne du Monde, 12 de Championne Paralympique. En 2010, lors des Jeux Paralympiques de Vancouver, elle a décroché 5 médailles d’or.
  • Michel Polnareff: si aujourd’hui, ses célèbres lunettes blanches font parties de son personnage, elles ont longtemps caché son handicap: une myopie sévère. Ses grosses lunettes lui ont causé bien des moqueries à l’école. Sa sensibilité à la lumière liée à son hyper myopie s’aggravera d’une « double cataracte brune ».Sa peur de l’opération l’isole pendant 800 jours et le jette dans la dépression et l’alcoolisme, jusqu’à ce qu’un médecin lui annonce que sans opération sous 3 mois il deviendra aveugle. Il se fera finalement opérer et recouvrera une vue parfaite au point de pouvoir ôter ses lunettes … sauf sur scène: « face au public, je crois qu’il n’est pas encore temps d’abandonner ce qui me fait exister à leurs yeux ! »

 

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