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Nous vous le prouvons chaque jour, la situation de handicap n’empêche pas le talent ! Cela se confirme encore aujourd’hui avec la sélection, pour cet automne 2019, de 5 livres qui brisent les préjugés avec leur plume et la justesse de leurs mots. Bonne lecture !

L’enfant bleu

Orion a 13 ans. Psychotique, il est suivi quotidiennement dans un centre adapté à ses besoins. Véronique, psychothérapeute, le prend en charge. Elle va découvrir, à travers les dessins qu’elle lui fait réaliser, que non seulement les crises d’Orion s’amenuisent lorsqu’il crée mais que de surcroît il est en fait doué et doté d’une imagination puissante. Elle entreprend alors de l’orienter vers le dessin et la sculpture… Orion parvient alors petit à petit à s’ouvrir et à mettre en mots ce qui le hante. L’œuvre intérieure et artistique apparaissent et s’affirment.

En arrivant je vois, affiché sur le mur par le professeur d’art, un dessin qui m’enchante et s’accorde à la détresse bien cachée que j’éprouve. C’est une très petite île, une île bleue, entourée de sable blond et couverte seulement de quelques palmiers. Cette île, son ciel, sa lumière, sa minuscule solitude protégée par une mer chaude expriment le désir, la douleur d’un cœur blessé. Le dessin naïf, d’une manière frustre, toute pénétrée de rêve, me fait sentir avec force le silence, l’exil terrifié, la scandaleuse espérance dont il est né. On me dit que c’est l’œuvre d’Orion, un garçon de treize ans, en qui alternent l’application, de fortes inhibitions et des crises de violence.

L’enfant bleu est un très beau roman, poétique et sensible. Henry Bauchau y transcrit son expérience personnelle et professionnelle et présente le handicap mental avec un regard frais, empli d’espoir. Dans ce roman, nous sommes témoins de la thérapie d’Orion. Pas à pas avec ses progrès, ses échecs et la formidable ténacité de Véronique. Une écriture et une lecture accessibles, à partager !

Vouloir voler

Tonio a 13 ans et il vit avec sa mère Alenya dans une cité en région parisienne. Il est en fauteuil roulant et ne parle plus depuis le départ de son père. L’arrivée de Lola dans sa vie va bouleverser leur existence. C’est la nouvelle femme de son oncle Domi. Elle vient du Cap Vert. Elle est joyeuse, solaire… Si différente de sa mère qui, elle, peste toute la journée. Tonio tissera avec Lola une complicité qui le conduira jusqu’à son rêve de gosse : voler.

Ça devient tellement fou parfois cette façon qu’elle a de parler à toute vitesse, sans jamais respirer, de commenter tous les événements, de lâcher des phrases insensées où les mêmes mots reviennent sans arrêt, des mots comme des pierres qui éclatent, des idées qui se bousculent en continu. On pourrait croire qu’elle boit, mais non, son alcool à elle c’est sa rage. Une rage amère.

Un roman émouvant, fort, qui explore le lien mère-enfant avec son lot de culpabilité, de souffrances non dites, et aussi de rêves, d’espoirs… Ce livre comporte une fin belle et positive qui permet de tout envisager pour Tonio.

Les cadeaux du cœur

Maxime est un père qui vit dans le souvenir de sa femme qui était peintre et qui a disparu en mer. Sa fille Romane, persuadée que sa mère est vivante, décide d’enquêter pour la retrouver. Violaine, la tante malentendante de Romane, écrit mystérieusement dans un cahier. Entre réalité, fiction, secrets de famille, rebondissements inattendus, avec cette histoire à trois voix, les cadeaux du cœur est une histoire surprenante et pleine de suspens…

Elle est vêtue d’une robe légère de couleur crème, avec de grands tournesols rouges qui ressemblent à l’un de ses tableaux. Elle marche pieds nus sur la plage, avance vers moi de sa démarche souple de danseuse. Ses cheveux d’or flamboient dans le coucher du soleil et leur lumière me brûle les yeux.

L’auteur évoque le handicap de Violaine avec une pudeur et une force déconcertante. Tout y est décrit avec justesse : l’impuissance à se faire comprendre et entendre, le fait que la personne ne se retrouve ni dans le monde des entendants ni dans celui des sourds…Avec l’amour des siens, les cadeaux du cœur cristallisent cet espoir et les attentes folles. Un roman sensible et poignant.

Pensée assise

Sofia et Théo filent le parfait amour. Tout va bien mais le jeune homme, paralysé des jambes, n’a qu’une obsession : embrasser sa bien-aimée debout, comme tout le monde. Il essaie par tous les moyens, même à ses risques et périls… A la piscine, il se retrouve à égalité avec elle. Il aime se laisser couler vers le fond du bassin en l’embrassant. C’est sa manière à lui d’être enlacés « debout », sur le sol carrelé.

J’étais heureux dans ses bras, à l’embrasser… couché. Il n’y avait sans doute pas de meilleure position que celle-ci. Étendus, enlacés, les corps si mélangés qu’on finit par caresser sa propre chair, avec toute la tendresse et l’amour qu’on éprouve l’un pour l’autre.

Pensée assise est un roman à l’humour décapant. Théo, le narrateur tétraplégique, ne supporte plus les jugements autour de son handicap et de cet amour. Aigri, têtu, parfois même détestable ; il est pourtant touchant dans son combat. Face à lui-même et aux autres. Ce livre est autant original, que vivifiant et empli de sincérité.

Éloge de la faiblesse

Alexandre Jollien a été étranglé par son cordon ombilical, c’est un miraculé. Handicapé, il affronte les obstacles qui se dressent sur sa route. Les écoles spécialisées s’imposent à lui mais elles ne tarissent pas sa soif de connaissances. Passionné de philosophie, Alexandre poursuit ses études à l’Université de Fribourg en Suisse, au Trinity College à Dublin…Il décide alors de consacrer sa vie à la philosophie et à l’écriture. Grâce à sa ténacité et son intelligence il a su tirer profit de son handicap. A travers cette œuvre il nous invite à une réflexion autour de la distinction entre « normalité » et « anormalité ».

Je dis simplement qu’il faut tout mettre en œuvre pour parvenir à tirer profit, même de la situation la plus destructrice. J’insiste sur les épreuves parce que celles-ci restent inévitables. Rien ne sert de discourir, d’épiloguer des heures durant sur la souffrance. Il faut trouver des moyens pour l’éliminer et, si on ne le peut pas, l’accepter, lui donner sens.

Éloge de la faiblesse est un vrai coup de cœur, une belle leçon de vie pour tous. Couronné par l’Académie Française, Éloge de la faiblesse narre les événements qui ont jalonné l’existence d’Alexandre et ce qu’il en retiré. Un témoignage profondément humain et humble. Alexandre Jollien ne renie en rien ses faiblesses, il en a fait une force et un parcours inspirant.

Et vous, quelles sont vos livres préférés ? Dites-le-nous sur Twitter avec le hashtag #VendrediLecture et en mentionnant @Talenteo. Nous nous ferons une joie d’en parler dans un prochain article !

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