Sites internet, services en ligne, plateformes collaboratives, démarches administratives dématérialisées… Le numérique est omniprésent dans nos vies personnelles comme professionnelles. Mais dans cette course à la digitalisation, une question cruciale reste en suspens : celle de l’accessibilité. Car si les outils et logiciels numériques sont censés simplifier l’accès à l’information, ils peuvent aussi, lorsqu’ils ne sont pas pensés pour tous, devenir de véritables barrières. Ce guide vise à faire le point sur l’état de l’accessibilité numérique en France. Où en est-on en 2025 ? Quels sont les textes de loi à connaître ? Quels constats dressent les audits récents ? Et surtout, que peuvent faire les entreprises pour rendre leurs services numériques plus inclusifs ?
Qu’est-ce que l’accessibilité numérique ?
L’accessibilité numérique consiste à rendre les contenus et services numériques compréhensibles et utilisables par tous, sans difficulté, quelles que soient leurs capacités physiques, sensorielles, mentales ou cognitives. Autrement dit, un service est dit « accessible » lorsqu’il permet à chacun de naviguer, comprendre, interagir et contribuer de manière autonome, sans discrimination. Par exemple, un service compatible avec un lecteur d’écran pour une personne malvoyante, des sous-titres sous les vidéos pour les personnes malentendantes ou encore une personnalisation de l’affichage selon les besoins (grossissement des caractères, contraste des couleurs…).
L’accessibilité du Web ne concerne pas un seul profil de handicap, mais une diversité :
- Visuels : cécité, malvoyance ou daltonisme.
- Auditifs : surdité ou déficience auditive.
- Moteurs : limitations physiques affectant l’utilisation d’une souris, d’un clavier ou d’autres dispositifs.
- Cognitifs et mentaux : dyslexie, autisme, troubles de l’attention…
- Psychiques ou neurologiques : épilepsie photosensible…
Pourquoi penser accessibilité numérique en tant qu’entreprise ?
L’accessibilité des contenus web est un enjeu humain avant tout. Elle permet à chacun de participer pleinement à la vie sociale, professionnelle, culturelle et citoyenne. Mais c’est aussi un levier de transformation plus global :
- Social : favoriser l’égalité des chances et l’inclusion de tous dans une société toujours plus digitalisée.
- Économique : toucher une part de marché souvent négligée (20 % de la population), améliorer la satisfaction et la fidélisation client.
- Juridique : respecter les obligations légales en matière d’accessibilité numérique (RGAA, WCAG, directive européenne…).
- Marque employeur : répondre aux attentes croissantes des citoyens, consommateurs et collaborateurs en matière de diversité, d’équité et d’inclusion.
S’engager dans une démarche d’accessibilité numérique, c’est donc faire le choix d’un numérique plus juste et plus universel. Mais c’est aussi, et surtout, reconnaître que derrière chaque interaction numérique, il y a une personne. Et que cette personne, qu’elle soit salariée, cliente, usager ou citoyenne, a le droit d’accéder à un contenu ou un service dans des conditions équitables.
Obligations légales : que dit la loi française ?
La loi handicap de 2005
La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées demeure le texte fondateur en matière d’accessibilité, y compris numérique. Elle introduit pour la première fois l’obligation pour les services de communication publique de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics d’être accessibles à tous les citoyens, y compris ceux en situation de handicap.
Le décret de 2019
Face à une mise en œuvre jugée trop lente, le décret du 24 juillet 2019 relatif à l’accessibilité des services de communication au public en ligne aux personnes handicapées vient renforcer le cadre légal. Il précise les obligations des organismes publics et élargit la portée du texte à certaines entités privées, notamment les entreprises réalisant plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Le RGAA comme référentiel technique obligatoire
Pour accompagner la mise en conformité, l’État a développé le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA), aujourd’hui dans sa quatrième version. Ce document technique définit les critères d’accessibilité à respecter pour les contenus web, conformément aux normes internationales WCAG (Web Content Accessibility Guidelines).
Le RGAA comprend ainsi 13 thématiques (structure, images, formulaires, tableaux, scripts…), 106 critères de contrôle et une grille d’audit permettant de vérifier la conformité d’un service. L’objectif est double : garantir l’accès à l’information pour tous et harmoniser les pratiques à l’échelle nationale.
L’European Accessibilité Act (2023)
Le cadre réglementaire de l’accessibilité numérique continue d’évoluer sous l’impulsion du droit européen. L’un des jalons majeurs en cours est l’entrée en application de la directive européenne 2019/882, également appelée European Accessibility Act (EAA).
Ce texte, adopté par le Parlement européen, élargit le champ de l’accessibilité à de nombreux produits et services du secteur privé, avec pour objectif de garantir l’accès des personnes en situation de handicap à un environnement numérique inclusif, sur l’ensemble du territoire européen.
En France, cette directive a été transposée dans le droit national par le décret du 9 octobre 2023 et est entrée en vigueur le 28 juin 2025. Sont concernées les entreprises privées commercialisant certains produits et services jugés essentiels (e-commerce, banque, téléphonie, transports, services audiovisuels…) et les interfaces numériques associées (sites web, applications mobiles, documents électroniques, terminaux d’interaction, guichets automatiques…).
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État des lieux en France : où en est-on vraiment ?
Près de vingt ans après la loi handicap de 2005, l’accessibilité numérique en France est encore loin d’être généralisée. En effet, même si le cadre réglementaire se renforce, la réalité terrain témoigne d’un retard persistant, en particulier dans le secteur privé.
Baromètre de l’accessibilité numérique
D’après le Baromètre de l’accessibilité numérique, publié par la Contentsquare Foundation, seulement 7 % des sites web audités présentent un effort significatif en matière d’accessibilité. À l’inverse, 40 % d’entre eux n’intègrent que peu ou pas d’efforts.
L’étude met également en évidence une forte disparité entre le public et le privé. Les sites du secteur public obtiennent un score d’accessibilité supérieur de 44 % à celui des sites privés, tous secteurs confondus. Les plateformes e-commerce et les médias figurent, quant à eux, parmi les moins accessibles, avec moins de la moitié des critères fondamentaux remplis. Bien que mieux notés, les sites bancaires et d’assurance restent, eux aussi, en deçà des attentes en matière d’accessibilité.
Les points faibles récurrents
Les données du Baromètre Contentsquare mettent en lumière plusieurs freins techniques et éditoriaux majeurs à l’accessibilité numérique. Parmi les plus répandus :
- Des contrastes insuffisants entre le texte et le fond, qui compliquent la lecture pour les personnes malvoyantes ;
- L’absence de textes alternatifs pour les images, privant les utilisateurs du contexte indispensable à la compréhension ou à l’interaction, notamment lorsqu’ils utilisent un lecteur d’écran ;
- Des contenus visuels non adaptés, avec des vidéos dépourvues de sous-titres ou de transcriptions, ou encore des lecteurs sans bouton de lecture/pause, de mise en sourdine ou de réglage du volume.
Les avancées positives
Malgré ces difficultés, plusieurs signaux encourageants méritent d’être soulignés :
- L’adaptabilité du texte (redimensionnement, zoom et espacement), généralement bien gérée dans tous les secteurs. Et ce, grâce à un accent mis sur le design responsive.
- La navigation au clavier avec un ordre logique des priorités et à une bonne visibilité des priorités comme les boutons, les liens ou champs de formulaire sélectionnés. Et ce, grâce à un indicateur visuel clair, tel qu’un contour, une surbrillance ou une combinaison de couleur et de forme.
Comment améliorer l’accessibilité numérique de son entreprise ?
Former les équipes
L’accessibilité doit être intégrée dès les premières étapes de conception d’un service ou d’un contenu numérique. Cela implique de former l’ensemble des équipes métiers concernés :
- Développeurs aux standards de codage accessibles (HTML sémantique, ARIA, navigation clavier…) ;
- Designers aux principes de design inclusif (contrastes, tailles de police, logique de navigation…) ;
- Rédacteurs et communicants à la clarté du langage, à la structuration des contenus et à la rédaction de textes alternatifs.
Sans sensibilisation et formation adaptées, même les meilleures intentions peuvent se traduire par des erreurs de conception pour les utilisateurs. Pour ce point, vous pouvez faire appel à un prestataire de formation externe.
Appliquer les bonnes pratiques UX/UI
Les règles d’accessibilité sont nombreuses. Comme vu précédemment, le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA) en compte 106 réparties en 13 thématiques. En voici quelques-unes :
- Chaque image porteuse d’information a-t-elle une alternative textuelle ?
- Chaque image de décoration est-elle correctement ignorée par les technologies d’assistance ?
- Dans chaque page web, le contraste entre la couleur du texte et la couleur de son arrière-plan est-il suffisamment élevé ?
- Chaque son déclenché automatiquement est-il contrôlable par l’utilisateur ?
- Chaque tableau de données complexe a-t-il un résumé ?
- Dans chaque page web, la structure du document est-elle cohérente ?
- Chaque page web a-t-elle un titre de page ?
- Chaque lien est-il explicite ?
- Etc.
Créer une culture de l’accessibilité dans l’organisation
L’accessibilité numérique ne doit pas être perçue comme une obligation isolée ou un projet ponctuel, mais comme une dimension à part entière de la qualité et de la responsabilité numérique. Pour cela :
- Valoriser les bonnes pratiques en interne (newsletter, ateliers, retours d’expérience…) ;
- Nommer un ou une référente accessibilité pour structurer la démarche ;
- Intégrer l’accessibilité dans les objectifs RSE et les indicateurs de performance UX ;
- Mettre en place une écoute active des utilisateurs (via des enquêtes, des tests ou des canaux de remontée des problèmes).
Créer une culture de l’accessibilité, c’est aussi donner du sens à la démarche. Rappeler que derrière chaque clic il y a une personne et que l’inclusion numérique, au-delà du respect des normes, commence par cette reconnaissance.
En bref, qu’est-ce que l’accessibilité numérique ?
L’accessibilité numérique n’est ni un luxe, ni une option, ni un supplément d’âme. Elle est devenue un impératif technique, humain et juridique, à intégrer dans toute stratégie digitale. Car derrière chaque chiffre, chaque décret, chaque critère du RGAA, il y a une réalité simple : des millions de personnes qui, chaque jour, rencontrent des obstacles pour accomplir des démarches, s’informer, apprendre, acheter ou travailler. Une exclusion silencieuse, mais évitable.
Ce guide l’a montré : les freins persistent, mais les solutions existent. Espérons donc qu’en 2025, l’accessibilité numérique ne soit plus une promesse future, mais une réalité pour toutes les entreprises, publiques comme privées.
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