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Juste avant la nouvelle année 2014, Franck La Pinta recueillait des témoignages de 12 experts des Ressources Humaines, pour mettre en avant les 12 thèmes incontournables de l’année. Et comme vous le savez, à Talentéo, nous aimons parler de talents. Nous sommes donc ravis d’accueillir Pierre Denier sur cette thématique pour le mois d’avril !

Tous les mois, retrouvez notre dossier sur les experts RH !

Bonjour Pierre. Tu avais choisi de traiter le thème des talents dans l’article réunissant des experts RH lancé par Franck La Pinta. Peux-tu expliquer à nos internautes brièvement ton parcours professionnel, et pourquoi tu as choisi de parler de ce sujet comme un enjeu RH pour 2014 ?

Bonjour à tous ! Tout d’abord merci pour cette initiative et votre invitation. Très brièvement, mon parcours est celui d’un cadre dirigeant qui a consacré une vingtaine d’années à la valorisation d’entreprises à l’international et qui en 2007 s’est lancé dans la valorisation des parcours individuels en accompagnant des cadres et des dirigeants dans leur développement personnel et professionnel. Je suis aujourd’hui coach certifié. Le thème que j’avais choisi d’aborder à l’initiative de Franck est celui des « talents », non pas en terme d’enjeu RH mais davantage dans l’esprit d’un « ras le bol ». J’en ai plus qu’assez d’entendre parler de guerre des talents, de chasse aux talents, de talents à tout bout de champs, et c’était le propos de mon intervention.

Comment définirais-tu le concept de « talents » à notre binôme de choc : notre nièce de 8 ans et notre prof d’économie de l’université ?

Le talent n’est pas un concept ! Par conséquent, sa définition me parait illusoire. Si je définis un talent, alors je le réduis à une expression attendue, convenue. Par conséquent, dans le recrutement, si je cherche un talent, je n’irai probablement pas plus loin que la représentation que j’en ai, cela s’appelle le clonage. C’est là que je m’oppose à la définition d’un talent. Le talent est lié à une « aptitude particulière à faire quelque chose ». Qui est concerné par cette définition ? Tout le monde, nous sommes tous des talents. Nos aptitudes sont exprimées de plusieurs façons : ce que j’ai réalisé par mes capacités naturelles, par mes capacités acquises, la formation par exemple, mais également ce que je pourrais réaliser en exploitant mon potentiel.

Pourquoi selon toi recruter un « talent » est contradictoire avec recruter une « personnalité » ?

Parce que si je définis précisément le « talent » que je recherche, j’écarte alors le potentiel de développement du candidat, je sacrifie la part formidable de culture, d’intelligence que je ne maîtrise pas et me concentre uniquement sur ma propre perception du talent, qui, admettons-le, est une perception tronquée et bâtie sur mon histoire et mon aptitude personnelle. En gros, plus je précise le « talent » que je recherche et plus je me prive des aptitudes formidables de candidats écartés, des aptitudes que je n’imagine même pas pouvoir exister. Du coup, malgré tout ce que l’on peut lire, recruter un « talent » me semble alors très limité… presque bête. Recruter une personnalité, au contraire, c’est s’extraire de sa vision tronquée de la notion de « talent » et s’ouvrir à une infinité de nuances, de potentiels, de richesses personnelles qui, elles, permettront véritablement de faire progresser mon entreprise. Ces potentiels, ces territoires inconnus sont rarement identifiables dans les tests de personnalité.

Tu parles d’améliorer « les relations entre l’entreprise et la société ». En quoi ces relations se sont-elles dégradées ?

Les relations se sont dégradées à force de vouloir tout contrôler, de tout définir. Lancées dans l’effroyable risque zéro, nos entreprises construisent des process censés faciliter les décisions, la transmission d’information, les flux internes, les services etc. Qui, aujourd’hui, s’épanouit réellement dans une entreprise où l’achat d’un paperboard passe par trois services et 8 signatures ? Qui s’épanouit dans le contrôle continu de son travail ? Qui s’épanouit en contournant quotidiennement les procédures pour continuer de travailler ? J’imagine que, comme moi, vous rencontrez des personnes qui débordent d’énergie, d’idées, d’ambitions et qui sentent bien, malgré le discours, que tout leur potentiel de développement n’est pas exploité. Ces personnes sont 100 % de mes clients.

Et en quoi recruter plutôt une personne qu’un talent peut aider à restaurer cette confiance ?

En fait, nous contrôlons tellement tout, que même le recrutement doit faire l’objet de process, de grilles d’évaluations, de mesures de compétences, de retour sur investissement, de cases – bien inconfortables – dans lesquelles nous nous efforçons de rentrer. C’est une vision assez sombre que je décris mais il semble que le potentiel humain soit aujourd’hui davantage considéré comme un moyen technique au service du bon fonctionnement, voire de l’amélioration de process qu’une fin en soi. Etre considéré comme une fin en soi est la base de la confiance en entreprise. On recrute une compétence – un talent – et on ne prend plus en compte la dimension complexe d’un candidat, d’une personnalité. C’est cela qui me met en colère tant je constate au quotidien, combien nos entreprises, notre société sont riches de ces potentiels oubliés et cantonnés au « talent ».

Puisqu’on te tient, on va te demander, comme aux 3 experts qui t’ont précédé, de tester notre réseau social/appli mobile, qui correspond au besoin de fluidifier la rencontre entre recruteurs et candidats en situation de handicap : lereseautalenteo.fr. Après 5 minutes de navigation, qu’en penses-tu ?

Je ne me suis pas inscrit mais je retiens un mot capital : « différent ». Je ne crois qu’en l’expression de la différence.

Entre un très bon candidat et moi, ce qui fera la différence, c’est moi, ce que je suis et donc ma différence.

S’affirmer, c’est aussi reconnaître en soi toutes ses capacités, son potentiel, sa personnalité. J’aime l’idée d’une valorisation de nos potentiels plutôt qu’un étouffement de ces derniers en cherchant à être comme les autres, à faire ce que l’on attend de nous, à s’obliger à rentrer dans les cases convenues. Talentéo ressemble beaucoup à un cri : vous n’avez pas une tête de case, alors dites-le !

Merci à Pierre Denier pour sa vision sur les talents.

Etes-vous d’accord avec la notion de talent évoquée par Pierre Denier, « une aptitude particulière à faire quelque chose » ? Des questions à lui poser ?

 

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