Les préjugés concernant le handicap visuel circulent dans les entreprises avec une longévité digne d’un mobilier de bureau datant des années 90 (voire 80). Certains paraissent anodins, d’autres semblent sincèrement bien intentionnés, mais tous ont un point commun : ils ralentissent l’inclusion et sapent la reconnaissance professionnelle. Voici cinq clichés passés au crible, analysés avec humour et sérieux.
1. « Tu ne vois rien… mais tu dois avoir des sens surdéveloppés »

Ce préjugé adore mélanger science-fiction et réalité, comme si la déficience visuelle transformait instantanément n’importe qui en super-héros muni d’un sonar intégré. La vision n’est jamais un simple interrupteur “tout ou rien”. Le handicap visuel couvre un spectre très large, sans mode “Daredevil activé”. Quant aux fameux “sens augmentés”, ils relèvent essentiellement de phénomènes de plasticité cérébrale, fascinants mais nettement moins spectaculaires que ce que Hollywood laisse croire.
Au travail, ça donne quoi ?
Présumer qu’une personne aveugle possède automatiquement une audition prodigieuse détourne l’attention des vrais besoins d’accessibilité. L’efficacité dépend d’outils adaptés : lecteurs d’écran, documents structurés, interface accessible, matériel ergonomique. La RQTH permet d’obtenir ces aménagements. Une bonne accessibilité produit davantage de résultats que n’importe quel fantasme de super-sens.
2. « C’est incroyable que tu arrives à faire ça »

Ce préjugé s’exprime souvent sous forme de compliment maladroit. Le ton est admiratif, mais le sous-texte ressemble davantage à : “Je ne pensais pas que tu en étais capable”. Une tâche ordinaire devient un “exploit”, ce qui installe un décalage gênant entre les compétences réelles et la perception qu’en a l’entourage professionnel.
Au travail, ça donne quoi ?
L’étonnement excessif crée une forme de paternalisme involontaire. Il influence les décisions managériales, réduit les responsabilités confiées et fragilise la confiance professionnelle. Une évaluation objective des compétences, associée aux aménagements de poste nécessaires, constitue une base solide pour éviter ce travers. Les talents déficients visuels souhaitent être reconnus pour leur expertise, pas pour leur capacité à accomplir des tâches ordinaires.
3. « Le braille doit te faciliter la vie »

Selon ce préjugé, le braille serait omniprésent : sur les menus, sur les dossiers papier, sur chaque bouton d’ascenseur, voire sur les post-it abandonnés près d’un écran. La réalité est plus subtile. Le braille constitue un outil essentiel pour certaines personnes, mais son usage dépend de l’apprentissage, du parcours de vie et de l’environnement. De nombreuses interactions professionnelles reposent désormais sur le numérique, ce qui rend l’idée d’un “braille partout” assez éloignée du terrain.
Au travail, ça donne quoi ?
L’accessibilité professionnelle repose avant tout sur le numérique structuré. Des titres hiérarchisés, des descriptions d’images, des tableaux accessibles et des documents compatibles avec les lecteurs d’écran constituent la base du travail inclusif. Le braille vient en complément lorsque la personne l’utilise, mais ne remplace jamais l’accessibilité numérique. Les entreprises progressent réellement lorsqu’elles investissent dans la formation interne et dans la maîtrise des bonnes pratiques de rédaction accessible.
4. « Tu ne peux pas travailler »

Ce préjugé demeure l’un des plus coûteux en opportunités professionnelles. La cécité est souvent assimilée, à tort, à l’inemployabilité. Cette croyance résiste encore malgré les nombreuses preuves du contraire. Les compétences sont bien présentes, mais les obstacles administratifs, techniques et culturels continuent de freiner l’accès à l’emploi, sans lien avec les capacités réelles des personnes concernées.
Au travail, ça donne quoi ?
Les dispositifs français offrent des solutions claires : la RQTH permet d’obtenir des aménagements de poste, un accompagnement managérial, des financements et un cadre protecteur. Les collaborateurs aveugles travaillent dans des domaines variés : informatique, accessibilité numérique, RH, communication, audit, enseignement, formation, gestion, recherche, entrepreneuriat. Les entreprises réellement inclusives identifient ce qui doit être rendu accessible, plutôt que ce qui serait prétendument impossible.
5. « Viens, je te prends par le bras »

Ce geste spontané, souvent guidé par une bonne intention, se transforme parfois en moment digne d’une comédie involontaire : un bras attrapé, un virage non annoncé et une destination inconnue. Cette approche reste intrusive et peut provoquer une perte de repère. Guidage ne rime jamais avec saisie surprise.
Au travail, ça donne quoi ?
Les bonnes pratiques consistent à demander l’autorisation, à proposer son bras et à laisser la personne décider de la manière dont elle souhaite être guidée. Ces gestes simples améliorent la sécurité, renforcent l’autonomie et révèlent une culture d’entreprise réellement inclusive. Une équipe sensibilisée au guidage reflète souvent une organisation capable d’adopter des comportements respectueux dans l’ensemble de ses interactions.
Ces cinq préjugés montrent que les obstacles rencontrés par les personnes aveugles ne proviennent pas de leur handicap, mais des représentations erronées qui circulent encore dans les milieux professionnels. L’inclusion repose sur des outils accessibles, une culture managériale lucide, la mobilisation des dispositifs comme la RQTH, et une compréhension pragmatique des besoins. Une entreprise inclusive ne valorise pas l’“exploit malgré le handicap”, mais la réussite permise par des conditions de travail adaptées.
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