Le Trouble du Spectre Autistique (TSA), aussi appelé autisme, est un trouble neuro-développemental qui se manifeste dès la petite enfance. Il se caractérise par des difficultés de communication et d’interaction sociale, ainsi que par des intérêts restreints et des comportements stéréotypés. On parle de « spectre » en raison de la grande diversité des profils : les symptômes et le niveau de sévérité varient énormément d’une personne à l’autre. En France, au moins une personne sur 100 est concernée, soit environ 670 000 personnes concernées par un TSA.
Les personnes concernées peuvent également présenter des troubles associés, comme des difficultés sensorielles majeures (hypersensibilité au bruit, à la lumière, etc.), des troubles du sommeil ou de l’alimentation, ou encore des troubles de l’attention. L’autisme ne se guérit pas, notamment car il ne s’agit pas d’une maladie, mais d’un fonctionnement différent. 50 % des enfants et 90 % des adultes en France n’ont toujours pas de diagnostic, ce qui limite leur accès à un accompagnement adapté. Nous avons rencontré Elina, alias Laroukine sur les réseaux sociaux, qui nous parle de son quotidien en tant que personne concernée par un TSA.
Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre parcours avec le TSA ?
Je suis Éli, plus connue sous le pseudo Laroukine sur Instagram, TikTok et YouTube. Mon aventure sur les réseaux sociaux a débuté sans ambition particulière, mais elle a pris un tournant décisif lorsque j’ai choisi d’aborder un sujet qui me touche de près : l’autisme. En partageant mon expérience, j’ai réalisé que je n’étais pas seule et que mes mots résonnaient bien au-delà de ce que j’imaginais.
Qu’est-ce qui vous a poussée à partager votre expérience du TSA sur les réseaux sociaux ?
Au début, je n’avais pas du tout l’intention de faire carrière sur les réseaux. Tout a changé lorsque j’ai commencé à parler de mon trouble du spectre autistique. J’ai vite compris que mes témoignages aidaient des personnes concernées directement, mais aussi leurs proches ou celles qui se posaient des questions sans encore avoir de diagnostic. Aujourd’hui, j’accompagne beaucoup de monde, que ce soit à travers mes vidéos ou en message privé, pour les orienter vers un diagnostic, répondre à leurs interrogations ou simplement les rassurer.

Quel type de contenu proposez-vous sur vos réseaux sociaux pour sensibiliser au TSA ?
Mon contenu est centré sur l’autisme. Je partage ainsi mon quotidien, mes défis, mes astuces et mes réflexions pour vivre avec un TSA. L’objectif est de sensibiliser, d’éclairer et de créer un espace où les personnes concernées se sentent comprises et moins isolées.
Pourquoi avoir choisi de parler ouvertement de votre trouble du spectre autistique ?
Parce que l’autisme reste mal compris et souvent réduit à des clichés. En en parlant ouvertement, je veux montrer que cette condition est un spectre extrêmement large, où chaque individu vit des réalités différentes. Mon but est aussi de normaliser ces discussions et d’encourager les autres à oser en parler, sans honte ni peur du jugement.
Quels sont les principaux défis que vous rencontrez au quotidien avec votre TSA ?
Vivre avec un TSA dans une société non adaptée est un défi constant. Les entreprises, les écoles, les lieux publics ne sont pas conçus pour des profils comme le mien. Par exemple, sortir de chez moi peut déclencher une angoisse intense. Les interactions sociales, même banales, me demandent un effort surhumain en énergie et en concentration.
Je suis également confrontée à une hypersensibilité sensorielle marquée, notamment une hyperacousie qui rend les environnements bruyants, lumineux ou animés insupportables. Les imprévus ou les changements de routine peuvent me plonger dans une crise autistique. Même chez moi, un détail comme un vêtement qui gratte ou des miettes dans mon lit peut me perturber profondément.
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Comment décrirez-vous votre communauté en ligne et ce qui la rend unique ?
Ma communauté est incroyablement bienveillante et engagée. Elle rassemble des personnes qui, comme moi, cherchent à mieux comprendre l’autisme ou à trouver du soutien. Ce qui la rend si spéciale, c’est son ouverture d’esprit et sa volonté de partager des expériences pour avancer ensemble. Je reçois chaque jour des messages de personnes qui me disent que mes vidéos les ont aidées à mieux se comprendre ou à oser parler de leur diagnostic.
Quelles adaptations auraient pu vous aider dans vos parcours scolaire et professionnel ?
Dans le milieu scolaire, de petites adaptations auraient fait une énorme différence. Par exemple, le droit de porter un casque anti-bruit en cours m’aurait grandement soulagée. Pouvoir choisir ma place dans la classe, comme m’asseoir sur les côtés plutôt qu’au milieu, m’aurait aussi permis de mieux me concentrer.
Dans le monde professionnel, la tolérance et l’écoute étaient cruciaux. J’ai souvent été infantilisée : on m’appelait « la petite » au lieu d’utiliser mon prénom, ce qui était déshumanisant. J’aurais également eu besoin que l’on prenne le temps de m’expliquer les tâches sans jugement, car j’ai du mal avec l’implicite. Ce qui semblait simple pour les autres pouvait être un casse-tête pour moi sans explications claires.
À quoi ressemble une journée type pour vous en tant que créatrice de contenu sur le TSA ?
Aujourd’hui, je suis libre de mon temps, et c’est un soulagement immense. Je me lève à l’heure que je veux, sans stress, et j’organise ma journée à mon rythme. Une grande partie de mon temps est consacré à la création de contenu : tournage, montage et publication de vidéos pour YouTube, TikTok et Instagram. Je poste tous les jours, donc il m’arrive de préparer plusieurs vidéos en une après-midi pour les répartir sur la semaine.
Je passe également beaucoup de temps à interagir avec ma communauté : répondre aux commentaires, aux messages privés et créer des stories pour rester en contact avec mon audience.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux personnes autistes qui hésitent encore à parler de leur diagnostic ?
Je veux leur dire que ce n’est pas à nous d’avoir honte. L’autisme n’est pas un tabou, et il est grand temps de briser les stéréotypes comme celui de l’autiste qui bave ou qui tape dans les murs. L’autisme est un spectre très large, et aucun autiste ne se ressemble.
Mon message est clair : osez demander des adaptations à votre entourage. C’est essentiel pour vous sentir bien et arrêter le masking, cette habitude de masquer vos traits autistiques pour paraître « normal ». À long terme, le masking est toxique et épuisant.
Acceptez-vous comme vous êtes : si vous avez besoin d’un casque anti-bruit pendant les repas de famille, d’un fidget toy (objet sensoriel anti-stress) ou de vous isoler, faites-le. Votre entourage doit au moins l’accepter, même s’il ne comprend pas toujours. Surtout, n’oubliez pas : s’adapter à vous demandera toujours moins d’énergie à votre entourage que l’inverse.
Nous remercions Eli pour son témoignage qui sensibilise aux TSA ! N’hésitez-pas à la suivre sur Instagram et TikTok !
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