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Talentéo, fidèle à son objectif de vous faire découvrir de nouveaux talents liés au handicap, vous emmène aujourd’hui à la rencontre de Peter Patfawl, jeune artiste de 25 ans à l’humour parfois noir mais toujours pertinent. Suivez le guide et découvrez le parcours d’un artiste en croisade contre les clichés et stéréotypes!

Bonjour, pouvez-vous vous présenter?

Je suis Peter Patfawl, jeune dessinateur picard de 25 ans. Avant de me faire opérer plusieurs fois et de vivre ces galères, je suis sorti diplômé de l’école Jean Trubert et ai fait le tour de quelques organes – non pas des dons d’organes mais d’organes de presse! – pour proposer mes dessins.

J’ai fait des mini stages, notamment à Charlie Hebdo où Cabu m’a bien conseillé graphiquement. Puis, je suis allé à l’Humanité et y ai dessiné tous les jeudis avec les étudiants, tout en sortant « couac 40 », mon premier recueil de dessins édité chez le défunt Bruno Leprince – je lui rends hommage au passage – vendu à 2 000 exemplaires.

J’ai aussi illustré une couverture de livre, un collectif dessiné et ai participé à quelques numéros du magazine « Jazz News », puis au « Sans culotte 85 ». Après avoir fait trois mois au « Paris Normandie » et participé au magazine alsacien « Heb’di » pendant quelques mois. Ensuite j’ai publié quelques dessins dans le « Courrier Picard » et ai illustré un plateau télé sur France 3 Picardie. Actuellement je suis le dessinateur de l’« Handispensable Mag ». J’aime beaucoup les nouveaux magazines. Ils sont pour moi un renouveau dans notre presse actuelle en difficulté…

Je suis un grand passionné de la presse et du monde culturel. J’ai un blog recevant 4 000 visites par jour et ai participé à pas mal de pages d’humour sur les réseaux sociaux durant ma convalescence pendant laquelle mes dessins ont été vus par plus de 100 000 personnes qui partageaient mes humeurs sur tous les thèmes actuels… Je m’amuse comme je peux!

Vous sortez très prochainement une bande dessinée intitulée « Carnet de Santé », pouvez-vous nous en dire plus? De quoi va-t-elle parler?

J’ai donc été plus de neuf mois à l’hôpital et en centre de rééducation où j’ai voyagé en ambulance privée. J’étais la star des tares et, préférant rire que me laisser abattre par la maladie, je me suis lié avec beaucoup de médecins et de patients. Un jour, Michel, amputé, m’a dit: « il faudrait que tu nous dessines vu que c’est ton métier et que tu nous fasses rire avec une BD sur ton vécu. Il n’y a pas de BD sur le vécu des patients, à part Les Femmes en Blanc, mais ça ne représente pas toujours ce que l’on vit en ce moment… Il nous faudrait du nouveau! Du vrai vécu pour en faire un cadeau aux gens comme nous qui s’ennuient dans leur lit à écouter du Johnny Alitée et montrer qu’on peut rire de tout même du pire tout en fédérant du monde, je suis sûr que ça marcherait… »

Au début, je n’étais pas sûr de moi mais, pour les faire rire, je les ai dessinés. Au final, c’est devenu un jeu. Cela m’a pris huit tomes tellement le monde que j’ai observé est complexe! L’hôpital c’est une micro société où tout le monde peut se retrouver. Tout le monde y vit, un petit moment de sa vie ou une carrière entière, des souffrances professionnelles ou celles des patients, des chefs qui ne savent pas gérer, des économies de bouts de ficelle, des médecins qui courent partout, des guerres entre le public et le privé, etc. On y trouve des individus de toutes classes sociales et socio-professionnelles. Chacun arrive pour perdre son identité pour devenir chambre 124 ou un numéro de sécurité sociale! Tout y est déshumanisé. Mais, si vous provoquez la chance, l’ambiance peut vite tourner au chaleureux et l’humour est le bienvenu. Nous avons eu des bons moments de fous rires même en pleine détresse! C’est ce que je veux montrer avec Carnet de santé tout en pouvant en rire avec tous les gens qui souffrent. Il y aura donc une version papier dans toutes les librairies et une version numérique éditée par Igomatik.

Pourquoi avoir choisi la bande dessinée pour parler de votre handicap?

Le dessin, c’est ma passion. Je ne parle qu’avec des bulles et des Mickeys! Il était donc évident que j’allais montrer mon expérience via le média qui m’amuse le plus, la BD. J’aimerai d’ailleurs en publier plus encore mais, à seulement 25 ans, tout se fait petit à petit avec les éditeurs qui me font confiance. C’est plutôt bien, c’est un métier difficile d’accès mais, me battant déjà avec mes douleurs, ce n’est pas le monde de l’édition qui va me faire trembler! J’ai une hargne au travail qui me permet de toujours arriver à mes fins avec le temps. C’est beaucoup d’énergie mais c’est toute ma vie! Je suis libre et heureux en commençant un livre. C’est jubilatoire! Mon but étant d’être lu par la majorité, j’ai développé un style qui plait même à ceux qui n’aiment pas la BD. L’objectif: fédérer tout le monde sur le thème du handicap et de montrer qu’on peut être solidaire avec les plus fragiles!

Je combats la plupart des thèmes qui me font réagir comme le racisme, les violences ou toute la bêtise humaine que l’on peut voir partout à travers mes dessins! C’est aussi pour cela que mon humour noir est tant présent: pour pouvoir rire même du pire. Le rire est un appel à la réunion et à la paix. Faire une journée de dessin m’apaise.

Vous êtes également présent au sein du projet « L’Handispensable » avec Georges Grard. Pouvez-vous nous en dire plus?

J’ai fait le tour des éditeurs pour mes démarches autour de « Carnet de santé ». Je venais de tomber malade et ils m’ont très gentiment refusé le projet car on ne rigole pas de la maladie, c’est mal. Je l’ai donc auto édité chez « The Book édition » et envoyé à la plupart des éditeurs de France. Un seul m’a répondu, Georges, enchanté de la lecture du manuscrit. Il l’a trouvé provocateur et très drôle. Il venait de sortir le tome 2 de sa Bande à Ed, la seule BD qui osait mettre en scène des personnages handicapés et qui est un succès en salon depuis quelques années. Après plusieurs coups de fils sympathiques, il m’a dit « on le fait, c’est bon, ça va marcher, j’y crois! » J’étais le plus heureux des jeunes auteurs! Un jour, Georges m’a appelé pour me faire part de son projet fou: faire un magazine sur le handicap mais décalé et tendance! J’ai tout de suite dit oui! Tout le monde nous a pris pour des fous, des naïfs. Personne n’a cru à notre canard sauf nous quatre: Georges, son fils, Ben le financier et moi.

Au départ on était plus nombreux mais tout le monde a fini par nous snober… Maintenant que le magazine cartonne et que les abonnements tombent à la pelle, les propositions affluent et les ventes se déchaînent. Les médias s’intéressent à nous et, du coup, certains regrettent de ne pas avoir eu confiance en nous! J’espère que notre pari sera le début d’une longue aventure et peut être même se concrétisera-t-il par d’autres magazines originaux par la suite! Le monde du handicap, des malades et des patients est encore un monde méprisé et vu avec des clichés. Mon travail est de faire exploser tous ces petits clichés avec mon humour comme arme de défense! Il y a encore énormément à faire, c’est pour cela que mon combat se ressent dans mes BD.

Quels sont projets à venir?

J’ai beaucoup de projets encore à venir mais si vous voulez les suivre venez sur mon blog! Tout y sera! Et j’espère vous voir tous en salon, ce sera un vrai plaisir!

Nous profitons de l’occasion pour féliciter l’auteur pour l’obtention du Prix du livre d’humour de résistance décerné par la Maison du rire et de l’humour!

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