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Handicap et accessibilité – Vous l’avez lu sur le site de Sciences Po ou ailleurs : Sciences Po a signé sa Lettre d’engagements pour l’accessibilité de l’établissement à tous ses publics. Talentéo a posé quatre questions à Judith Azéma, Chargée de mission sur le programme Sciences Po accessible.

Le programme Sciences Po accessible, pour les étudiants en situation de handicap

Sciences Po compte 12 000 étudiants. 46% sont de nationalité étrangère, 27 % des étudiants sont boursiers à Sciences Po en 2012. Les engagements pris concernent l’accessibilité de l’environnement, l’accessibilité du parcours pédagogique, l’accessibilité numérique ou l’accessibilité évènementielle. Ils font l’objet d’un plan d’actions. En savoir plus en voyant la vidéo sous titrée :

Les projets pilotes :

 

  • Sous-titrage simultané de cours en amphithéâtre et cours de Langue des Signes Française depuis janvier 2013
  • Accessibilité des élections étudiantes des 5 et 6 février derniers
  • Les nouveaux sites internet de Sciences Po sont dès à présent conformes au niveau AA du Référentiel Général d’Accessibilité des Administrations (RGAA).

Interview exclusive de Judith Azéma, Chargée de mission sur Sciences Po accessible

Judit Azema est chargée de mission au pôle entreprises, plus précisément aux partenariats diversité depuis un an et demi à Sciences Po. Elle travaille en étroite collaboration avec Jérémie Boroy, Responsable du programme Sciences Po accessible.

Judit Azema, merci d’avoir accepté de répondre à cette interview. Une étude aurait montré que Sciences Po compte 90 des étudiants sur les 137 étudiants recensés en situation de handicap dans la catégorie « grands établissements ». Quelle est votre recette?

L’étude que vous mentionnez montre que dans la catégorie des grands établissements, Sciences Po compte la majorité des étudiants recensés. S’il y a un facteur-clé, c’est le volontarisme. Décider d’ouvrir les portes a permis qu’on accueille un plus grand nombre d’étudiants en situation de handicap. A partir du moment où on accueille ces étudiants, on est obligé de s’adapter, de prendre en compte les situations. Il faut aussi que l’établissement considère que ça fait partie de ses missions d’ouvrir et de diversifier son recrutement. Ce n’est pas forcément des choses qui sont exportables, parce qu’on a une politique d’ouverture et de diversification du corps étudiant depuis des années. Ça s’incluait tout naturellement dans cet objectif.

Votre programme affiche des partenaires prestigieux (Axa Private Equity, Bic, Casino, Capgemini Consulting, IBM, La Banque Postale, Lafarge, Lagardère Active, Natixis Asset Management, Société Générale, TF1, SFR, Thalès, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche). Comment vous appuient-ils?

L’appui financier est évidemment un aspect indispensable. Le Ministère de l’Enseignement supérieur nous appuie pour les travaux d’accessibilité du programme. Il faut enclencher des actions importantes en débloquant ces moyens. Nos partenaires travaillent aussi avec nous sur le volet insertion professionnelle. On sait que les entreprises recrutent ces profils, et que ces profils n’existent pas aujourd’hui, il y a très peu d’étudiants handicapés qui vont dans le supérieur, et encore moins dans les grandes écoles. Ça correspond à un besoin des futurs employeurs, et les avoir comme partenaires nous permet de réfléchir ensemble à l’orientation, à l’insertion professionnelle, à la sensibilisation des élèves, mais aussi faire en sorte qu’il y ait une présence et une implication des entreprises tout au long du parcours.

Ces 13 entreprises recrutent vos diplômés?

Les étudiants vont où ils veulent, on ne fait pas de fichier ni de quota. En revanche les entreprises sont sensibilisées au sujet, elles montrent leur engagement en accompagnant financièrement notre programme. Cela leur permet de communiquer sur leur aspect handi-accueillant auprès de tous les étudiants, et pas seulement aux étudiants en situation de handicap : on ne fait pas des choses réservées aux étudiants handicapés. Afficher pour une entreprise sa participation à Sciences Po accessible, c’est une façon de mettre en avant ses valeurs. Cela n’a pas une influence que sur les personnes concernées, et c’est important pour tous les étudiants de savoir qu’une entreprise est ouverte au handicap. Les entreprises qui ont accepté de fonctionner avec nous sont des entreprises qui ont adhéré aux valeurs.

Vous travaillez au quotidien depuis 11 mois pour l’accessibilité la plus totale à Sciences Po, depuis l’adaptation du bâti aux aides techniques adaptées, en passant par l’accompagnement individualisé ou des bourses de mobilité pour permettre aux étudiants en situation de handicap de faire leur 3ème année à l’étranger. Qu’observez-vous quant à l’insertion professionnelle de vos jeunes diplômés?

On ne fait pas de suivi particulier, parce qu’on ne souhaite pas forcer les étudiants qui font l’enquête jeunes diplômés à dire ou pas s’ils ont un handicap. En revanche, le fait que des entreprises soutiennent ce programme a permis aux étudiants en situation de handicap de réaliser que le secteur privé était prêt à accueillir des étudiants avec un handicap. Il y avait beaucoup d’étudiants handicapés qui choisissaient le secteur public par auto-censure, l’image des entreprises ne correspondait pas à la réalité. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises s’engagent pour l’accessibilité, et nos entreprises partenaires sont prêtes à les accueillir pour leurs compétences, quel que soit leur handicap. Donc les parcours de ces étudiants sont aujourd’hui tout aussi diversifiés que les autres étudiants de notre école. Ils ne sont pas uniquement dans la filière « affaires publiques », ils se retrouvent dans tous les Masters.

Talentéo lance en juin 2013 le premier réseau social professionnel de tous les talents, où le handicap sera abordé implicitement, pour des échanges et une rencontre fluide entre entreprises et talents. Qu’attendez-vous pour vos étudiants et jeunes diplômés d’un tel outil?

Pour un souci d’efficacité, on ne croit pas à une sectorisation des actions, parce que ça ne marche pas. On a essayé à Sciences Po de faire des ateliers qui s’adressaient aux étudiants handicapés, on a eu d’autres étudiants. On le comprend, ils n’ont aucune envie d’être stigmatisés! Il faut inciter les entreprises à évoquer leur profession de foi ou leur dimension handi-accueillante. Des offres d’emploi conçues spécialement pour des personnes handicapées, ça n’a pas de sens aujourd’hui. Ce qui importe, c’est que l’offre soit accessible, qu’on mentionne que les postes soient ouverts, dans une communication qui s’adresse à tous. Il faut que ça parte de l’entreprise. Une entreprise qui va chercher spécifiquement un profil handicapé, ça ne va pas marcher. L’intérêt, c’est de recruter des candidats qui sont bons, handicap ou pas, et de faire en sorte que le handicap ne soit pas un frein. Notre choix, c’est que la dimension d’accessibilité soit inclue dans toutes les actions, de manière transversale. Si ce que vous lancez est sur ce modèle, je pense que c’est pour le mieux. Les étudiants n’ont pas envie d’être vus uniquement sous ce prisme, et ce n’est pas incompréhensible. Il faut que les entreprises fassent savoir qu’elles sont capables d’aménager leurs postes, qu’elles sont prêtes, et que ça fasse partie de l’ensemble de leur communication, pour tous les publics. Nos étudiants sont sensibles à ce genre d’engagement, c’est bon de toute façon pour l’image employeur.

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