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Le 24 mars dernier, nous apprenions le report officiel des Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo, au plus tard à l’été 2021. Si le report des Jeux Olympiques a largement été relayé par les médias, c’est beaucoup moins le cas des Jeux Paralympiques. Talentéo donne la parole aux athlètes concernés pour connaître leur ressenti et continuer à rendre visible cet événement ! 

Dans ce quatrième épisode, Talentéo est parti à la rencontre de Nantenin Keita, championne d’athlétisme et multi-médaillée aux Jeux Paralympiques .

 

Comment et quand avez-vous appris le report des Jeux Paralympiques ?

Je l’ai appris par le Comité paralympique français et par ma fédération. Ce n’était pas une surprise, car c’était inévitable pour deux raisons. La première est que la priorité doit être donnée à la santé. Ensuite, dans notre sport, nous essayons d’être le plus équitable possible. Avec le confinement dans presque tous les pays, nous ne pouvions pas garantir l’équité pour les entraînements. Par ailleurs, nous ne connaissons pas non plus l’évolution de cette pandémie.

Donc, pour moi, c’était compliqué de maintenir les Jeux Paralympiques. Nous aurions eu des Jeux « au rabais » parce que les gens n’auraient pas eu la possibilité de s’entrainer correctement sur toute la période. Il n’y aurait pas eu de spectacle et la magie que nous connaissons de cet évènement. C’est avant tout une aventure humaine.

Quel est l’impact sur votre préparation et votre calendrier ?

Il a fallu repenser et réorganiser la programmation de l’entraînement. De mon côté, je comptais lever un peu le pied avec les Jeux Paralympiques de Tokyo. Ce report me remet dans une dynamique importante pendant un an. Cependant, j’étais quand même soulagée, car ça va me permettre de m’entraîner plus.

Psychologiquement, le report ne m’a pas atteint parce que je m’y attendais et que pour moi c’était la meilleure solution.

Comment avez-vous adapté votre préparation avec le confinement ?

Il faut être très inventif ! J’ai la chance d’être très bien entourée par mon entraîneur. Tous les jours, il m’envoie par sms la séance du lendemain. Je m’adapte avec le matériel que j’ai à la maison et j’ai la chance d’avoir une piste cyclable à 300 mètres de chez moi, donc je m’entraîne dessus. Bien évidemment, ce n’est pas aussi intensif que ce que j’aurais pu faire s’il n’y avait pas eu de confinement.

D’une part, cet entrainement me permet de me libérer l’esprit. Et d’autre part, je me dis que ce temps là n’est pas perdu parce que j’arrive à travailler différemment, notamment sur des secteurs où j’ai des faiblesses.

Vous faites partie de la team athlètes de Malakoff Humanis, comment cela se passe au quotidien ?

J’ai deux contrats avec Malakoff Humanis : athlète et salariée. Dans mon contrat salarié, j’ai un avenant qui spécifie que je suis libérée le temps nécessaire pour ma pratique sportive. Pour l’équilibre vie professionnelle et vie sportive, j’ai cette chance d’avoir un employeur assez souple. Je peux organiser mes semaines en fonction de mes entraînements et de mes stages.

Faire partie de la team Malakoff Humanis c’est une fierté surtout que j’y suis depuis 11 ans. Ils ont été mes premiers partenaires. Il y a ce sentiment de fierté, car il y a cet accompagnement depuis le début, même pendant mes périodes de blessures. Ils ne m’ont pas lâchée et c’est vraiment agréable. Il y a une relation de confiance et humaine qui s’est créée entre nous du fait que ce soit mon employeur, mais aussi que je fasse partie de cette Team athlètes.

Egalement, ce qui est agréable c’est qu’ils misent beaucoup sur la jeunesse avec l’accompagnement de jeunes. Il y a cette volonté de se dire : « Aujourd’hui, nous voulons accompagner des jeunes, on veut miser sur l’avenir et on veut miser sur le paralympique ». C’est d’ailleurs un élément important à souligner, il y a uniquement des sportifs paralympiques dans cette team.

Comment rassurer cette nouvelle génération de sportifs qui était sur le point de vivre ses premiers Jeux Paralympiques ?

J’ai eu l’occasion d’échanger avec certains d’entre eux. Ce que je leur dis c’est que dans chaque situation il faut voir l’ensemble des facettes. Nous avons tendance à voir, dans un premier temps, la facette négative, mais il faut aussi voir le côté positif. Comme j’ai pu le dire précédemment, les Jeux c’est vraiment une magie et un évènement extraordinaire, et particulièrement quand c’est la première fois. Il vaut mieux attendre pour avoir des Jeux au top plutôt que quelque chose au rabais.

Par ailleurs, cela ouvre des nouvelles perspectives de se dire que nous avons un an de plus pour se préparer, apprendre à se connaître et travailler sur ses points faibles. Enfin, il faut voir les Jeux Paralympiques de Tokyo 2021, comme une étape de préparation afin d’être très performant pour les Jeux de Paris 2024.

Quel est votre sentiment sur le manque de visibilité des Jeux Paralympiques ?

Je constate que les médias n’ont pas parlé du report des Jeux Paralympiques et c’est vraiment dommage. Les médias ont un rôle d’information et il est dans leur devoir de donner l’information dans la globalité. Ici, il n’y a pas eu d’information complète.

Aujourd’hui, beaucoup de personnes font l’effort d’intégrer le fait qu’il y a les Jeux Olympiques et les Jeux Paralympiques. A partir du moment où l’on parle de sport, il faut parler des sportifs olympiques et paralympiques. Ce qui est dommage c’est qu’ils occultent une partie du monde sportif et par la même occasion une partie de la population et des centre d’intérêts.

Nous avons beaucoup d’athlètes qui représentent le mouvement paralympique. J’espère vraiment que les Jeux de Paris 2024, au même titre qu’à Londres en 2012, auront un impact positif sur cette thématique et sur les personnes en situation de handicap. L’objectif est que toutes les parties prenantes telles que les médias, les Français ou l’organisation prennent conscience de l’importance du sport paralympique. C’est un vecteur de lien social, de développement personnel et d’éducation.

Un mot ou un conseil pour bien vivre cette période de confinement ?

Il faut se dire que si nous sommes confinés c’est pour notre bien. Mon leitmotiv pendant cette période a été de prendre le temps pour faire des choses pour lesquelles nous le prenons pas habituellement et lancer des nouveaux projets. Nous pouvons également en profiter pour faire une introspection sur soi-même, prendre plus fréquemment des nouvelles de ses proches ou des personnes que nous n’avons pas souvent l’occasion de voir ou d’appeler.

I have a dream : c’est quoi votre rêve pour 2021 ?

J’en ai plusieurs sur différents plans ! Premièrement, j’espère qu’en 2021 nous serons complètement sortis de cette crise sanitaire, mais aussi que nous aurons appris de cette période. Ensuite, pour le côté sportif, être championne paralympique ! Je souhaite surtout vivre une aventure humaine sur l’année 2021, car c’est ce qu’il reste finalement, mais avoir une médaille bien sûr sinon l’aventure n’est pas aussi belle. Une aventure que je vais vivre avec mon entraineur, mes collègues d’entrainement et l’équipe de France. Sur le plan professionnel, mener à bien les missions qui vont m’être confiées sur les thématiques de diversité et d’emploi des personnes en situation de handicap.

Comment vous suivre et vous soutenir ?

Je suis présente sur tous les réseaux sociaux sauf TikTok (Rires). Principalement sur Facebook et Instagram, mais on peut également me retrouver sur Twitter et LinkedIn.

 

Merci à Nantenin Keita pour cette interview. Nous vous donnons rendez-vous prochainement pour un nouvel épisode. Continuez à rendre visibles les Jeux Paralympiques en partageant cet article !  

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