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31JUI 13

Travailler avec un(e) collègue… malentendant(e)

Tous les mois, notre série « Travailler avec un collègue en situation de handicap » se penche sur un état de santé posant parfois problème au travail. Comment contourner ces freins au bon fonctionnement d’une équipe? C’est ce que nous tenterons de découvrir aujourd’hui au sujet de la déficience auditive.

Si Talentéo insiste sur le fait que handicap et emploi sont compatibles, il faut surtout comprendre que le handicap est une différence comme une autre. Comme chaque particularité, il faut en parler, se comprendre, s’appuyer sur les éléments positifs et compenser les éléments négatifs pour avancer dans le bon sens.

Le handicap est en effet un simple ensemble de symptômes qui posent problème (ou non) dans un contexte donné. C’est pour cela qu’on parle de situation de handicap. Travailler avec une personne déficiente auditive ne sera donc pas identique selon les cas. Ici, nous avons tenté de recenser les traits les plus communs de la maladie, pour que chacun puisse mettre du sien dans la relation de travail. Comprendre, c’est déjà changer les choses. Ce mois-ci, Alexandra, Coralie et Denise, 3 personnes malentendantes, et Bernard, un proche de malentendant, ont accepté de témoigner.

Le handicap et la déficience auditive: savoir de quoi on parle objectivement

Il y aurait 5 millions de déficients auditifs en France. Il est impossible d’avoir des chiffres parfaitement justes sur cette déficience sensorielle. Cela montre le manque de reconnaissance de ce handicap, souvent invisible. En effet, beaucoup de personnes ne mesurent jamais leur niveau d’audition.

Il existe plusieurs niveaux de déficience auditive:

  • profonde, avec une perte d’audition supérieure à 90 décibels. Parmi les personnes atteintes de cette déficience, 2 tiers pratiquent la LSF, la Langue des Signes Française.
  • sévère, avec une perte d’audition entre 70 et 90 décibels.
  • moyenne, avec une perte d’audition entre 40 et 70 décibels.
  • légère, avec une perte d’audition entre 20 et 40 décibels.

En France, il y a environ 300 000 sourds profonds. La moitié des déficients auditifs auraient une déficience auditive légère. Les hommes sont plus touchés que les femmes, notamment à cause de leur univers de travail bruyant. Moins d’un déficient auditif sur 10 utilise une ou plusieurs aides auditives.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les personnes âgées sont loin d’être les seules personnes touchées par cette déficience: 40% ont moins de 55 ans. Si certaines naissent malentendantes ou sourdes, la plupart du temps la perte auditive a lieu au cours de la vie.

Saviez-vous que Beethoven avait perdu l’ouïe durant sa carrière musicale, le sens le plus important à ses yeux? Ce n’est pas le seul compositeur ayant perdu une partie de ce sens: c’est également le cas de Gabriel Fauré. Parmi les personnes célèbres, les politiciens sont souvent, au cours de leur carrière, confrontés à une perte de leur audition, comme Winston Churchill et Jacques Chirac.

Déficience auditive: les symptômes

La déficience auditive étant différente d’une personne à l’autre, on ne se rend pas toujours compte de la difficulté qu’elle entraîne. D’après les quatre témoignages de Talentéo, la personne malentendante a tendance à avoir du mal à garder son attention durant une longue durée. Comme elle doit se concentrer en permanence pour les échanges verbaux, la fatigue se ressent plus facilement.

C’est donc sur le plan relationnel que la communication fonctionne différemment. Dans l’échange, il faut veiller à ce que la compréhension soit totale. La plupart des malentendants « lisent sur les lèvres ». La clarté des propos échangés permettent de garder une communication de qualité.

Déficience auditive et vie professionnelle

D’après nos témoignages, les personnes malentendantes sont tout autant efficaces que les autres dans leur travail. L’essentiel est avant tout d’informer l’employeur et les collègues pour qu’ils puissent prendre en compte cette spécificité. En effet, des aménagements peuvent être mis en place.

  • Préférer l’envoi d’e-mails aux appels téléphoniques
  • Etre clair lors des réunions, où chacun prend la paroles distinctement
  • Etre face à la personne malentendante et articuler
  • Penser au langage non verbal qui en dit plus qu’on ne le pense: les gestes, la posture…

La connaissance du handicap est essentielle pour faciliter la communication. Nos témoins considèrent qu’ainsi, les échanges entre collègues seront facilités. En parler, lors de réunions ou d’ateliers permet de répondre aux questions éventuelles. Bernard considère que parler du handicap permet de connaître l’adaptation nécessaire et valorise la bonne entente entre collègues. Pour Denise, en parler doit être constructif, comme lorsque l’on cherche à résoudre un problème.

Afin que la communication puisse avoir lieu sans problème, il peut parfois être nécessaire de se faire aider par un interprète en langues des signes. Cette contrainte est parfois mal perçue dans une entreprise, pourtant elle est synonyme d’intégration sur le marché de l’emploi. Il faut aussi prendre en compte le fait que l’apprentissage d’une langue étrangère est plus difficile. Si Denise maîtrise l’anglais écrit, elle a du mal à le parler.

Combattre les stéréotypes autour du handicap pour mieux travailler ensemble

Difficile de s’intégrer si on est mis au bord lors des réunions ou à la pause-café. La connaissance du handicap permet aussi de veiller à garder la qualité de communication. Cela suppose des collègues avertis et sensibilisés: une déficience sensorielle peut ne pas se remarquer. Alexandra se rend souvent compte que son handicap est très vite oublié.

La compréhension peut être un frein. Denise et Bernard remarquent que la répétition d’une phrase s’apparente souvent à un manque d’intelligence. Celui qui n’entend pas serait alors celui qui ne comprend pas et serait incompétent. « Tu n’arriveras pas à tout faire parce que tu ne comprendras pas », de quoi être mis de côté si on manque de patience ou d’ouverture d’esprit. Pourtant, techniquement, la performance d’un salarié ne dépend en rien à son audition.

Capables autrement, des solutions pour toutes les entreprises!

Pour Alexandra, son handicap rend, au départ, l’intégration difficile, car il ne se voit pas. Pourtant, comme les handicaps invisibles, il faut le prendre en compte. Bernard voudrait que les entreprises comprennent que la déficience auditive n’est pas corrélée à l’aptitude intellectuelle.

Pour Corine et Denise, les déficients auditifs sont capables autrement: un sens déficient en révèle un autre. Denise fait de sa faiblesse une force. Elle compte sur son intuition, qui lui permet de deviner les choses et ressentir les situations comme personne. De sa bataille quotidienne, elle en tire « une force de caractère, une façon d’être dont on peut tirer profit au travail ».

Nos précédents articles:

Vous êtes atteint(e) d’une déficience auditive et vous travaillez? Votre collègue ou collaborateur en est atteint(e)? Vous vous demandez si c’est le cas et voulez en parler? Les commentaires sont vos amis!
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Commentaires (7)

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hassid

28 février 2017 - 14 h 50 min

Bonjour suite à un accident de travail, je ne peux travailler au dessus de 70 décibels. Je ne.suis pas.reconnu comme travailleur handicapé, car juste en dessous. J’ai perdu 50% oreille gauche et40% la droite. Pourriez-vous si possible me donner une liste d’emploi ou un siten internet ne.dépassant pas 70 decibles. Merci bonne journée.

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    Baptiste Juppet

    1 mars 2017 - 15 h 04 min

    Bonjour Hassid,

    Merci pour votre message. Avez-vous effectué une demande de RQTH ? Celle-ci vous permettra de bénéficier d’aménagements de poste pour pouvoir travailler dans un environnement non bruyant. Je vous invite également à vous rapprocher du Cap Emploi de votre région et d’associations telles que L’ADAPT qui pourront vous orienter dans vos recherches.

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30 novembre 2016 - 14 h 16 min

Bonjour,
Je suis travailleur handicapé depuis 20 ans, j’ai une carte d’invalidité dû à ma déficience auditive sévère des deux oreilles.
Je porte des appareilles auditifs pour travailler cependant lorsqu’ils tombent en pannes + réglages (souvent…), mon employeur m’oblige à prendre sur mes jours (ou heures) de congés ou repos pour aller voir l’audioprothésiste (avec un RDV qui ne pose pas de problèmes pour mon travail).
Je ne peux pas travailler sans mes appareils auditifs, mon employeur le sait bien. Je me demande, s’il a le droit de me prendre à chaque fois mes heures de repos (conges payés…) pour je puisse me faire réparer mes appareils ?
Merci d’avance pour votre réponse.
Philippe

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claudie

6 avril 2016 - 20 h 39 min

une vraie galère mes collègues pensent que j’entends quand ça m’arrange alors que je suis porteuse d »implants et que j’ai beaucoup de mal à tout comprendre

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marianna

8 mars 2015 - 20 h 33 min

Bonjour, j’ai 60 ans, je suis sourde d’une oreille, je travaille dans une usine agro-alimentaire. Au début de ma carrière, je travaillait dans un petit local peut bruyant. Vers mes cinquante ans l’usine c’est agrandit et le bruit est infernal. J’ai toujours porté un bouchon pour préserver ma bonne oreille. L’entreprise m’ a payé un appareil auditif et je suis reconnues handicapée depuis trois ans. Ma bonne oreille à baissé et j’ai fais une dépression. Je dois faire deux ans suplémentaire pour toucher ma retraite. Je trouve inadmissible que l’on me laisse travailler dans ce bruit, aujourd’hui je porte un casque sa couvre mieux que les bouchons. Pour que la maladie professionnelle marche pour ma bonne oreille il me manque 4 décibel, je suis à 32. Merci d’avoir pu m’exprimer.

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Sandra

9 octobre 2013 - 21 h 53 min

Merci de vos commentaire sur la vie professionnelle des malentendants. Je suis aussi malentendante. D´après mes Examens, mon mal est sevére. J´ai essayé des aides auditives mais je ne les mets pas couramment car j´ai l’impression que j’entends mieux sans prothèses. Je ne sais pas si quelqu´un peut me dire s´il ya des prothèses plus performantes. Et aussi quels comportements je dois adopter pour me familiariser aux prothèses. Actuellement je suis étudiante et suis les Cours à distance et en allemand vu qu`il m’ est difficile de suivre directement le professeur. J´ecris bien l`allemand mais j`ai de serieux problèmes au niveau de la langue parlée. A ce niveau je ne sais pas si je peux avoir des astuces pour mieux m’ exercer au niveau du parler. Merci

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Constans

25 septembre 2013 - 18 h 46 min

Bonjour à Caroline Vincelet & à toute l’équipe de Talentéo. Grâce à Linkedln, je ne vous  » perds pas de vue  » …sauf qu’ ici, il s’ agit des malentendants ! J’ ai repensé à une des vidéos tragi – comique & très bien réalisée me semble – t’ il, visionnée jadis sur votre site : pour moi tout au moins, je trouve qu’ elle  » fait mouche  » précisément en abordant sur 1 mode drôle ce qui ne l’ est pas…Exemple : un des collaborateurs de l’ entreprise fictive du sketch qui, très vite au cours d’ une réunion, oublie qu’ il était demandé à chacune(e) de parler, afin que la malentendante puisse lire sur les lèvres, face à elle…
Perso, depuis plusieurs mois déjà, je m’ étais rendu compte de mes difficultés – voir un de mes commentaires posté jadis à ce propos ; il s’ agissait alors d’ un article sur la déficience visuelle me semble – t’ il – à bien comprendre, lorsque règne 1 certain  » bruit ambiant  » très relatif cependant ; premier examen ORL passé : confirmation de mon impression… Question posée au praticien :  » A 52 ans, c’ est peut – être normal, non ?  »  » Non, du fait du type de déficience auditive qui (me) concerne, pas même identique aux 2 oreilles « . Examen  » PEA  » à venir pour essayer de préciser l’ origine, mesurer plus précisément les  » dégâts  » déjà causés… En résumé du propos du praticien, si je n’ avais pas été soumis à certains bruits :
– dans la durée ;
– en intensité ( décibels) – Car contrairement à ce que certains croient &/ou veulent faire croire, nul besoin d’ être soumis à 110 ou 120 db en permanence, loin de là, pour être confronté à de sérieuses pertes auditives…-
je n’ en serais pas là où j’ en suis, malgré  » mon âge  » .
Je  » remercie  » mon employeur – » remerciement  » ironique, cela va de soi- pour ne pas avoir écouté – dans ce cas – ci, conservant malgré tout le sens de l’ humour, je pourrais écrire que certains de mes responsables hiérarchiques,  » mon employeur  » pour faire court, sont  » restés sourds  » à mes remarques, n’ ont  » pas voulu les entendre  » car il s’ agissait là bien sûr de volonté de  » ne pas (m’) entendre  » pour …ne pas avoir à prendre des mesures préventives aux frais…de l’ employeur ! – mes plaintes formulées au fil des années dans ce domaine , sentant être trop exposé ; de les avoir même, mes remarques & plaintes – de la part d’ un ancien  » R.H. « & d’ 1 ancien Directeur, en plus ! – dans certains cas traité par le mépris et/ou la moquerie…
Il est vrai qu’ à moins d’ être soumis aux bruits d’ aéroports ou de travailler au marteau – piqueur, parmi quelques trop rares exemples, qui ouvrent droit, fort heureusement encore, à la reconnaissance de la nuisance qui peut devenir handicapante,
la plupart des conditions de travail – même si mon exemple & celui d’ autres le prouvent – ne sont pas considérées par les employeurs  » en général  » ( N’ offensons pas ceux, trop peu nombreux encore probablement qui, même si cela leur  » coûte  » , agissent chaque fois que possible préventivement en faveur de la santé de leurs  » employé(e)s au sens large du terme ! ), tout au moins, comme présentant des  » risques  » à prendre en compte en matière préventive – plutôt que d’ attendre jusqu’ à ce que seul le curatif puisse intervenir…-, que ce soit dans le domaine sonore ou dans d’ autres & encore… à condition que les risques encourus ne se soient pas révélés mortels dans l’ intervalle de temps s’ écoulant entre la (re)connaissance des risques & l’ application de mesures préventives adéquates.
Ce n’ était pas sans raisons si j’ avais ressenti le besoin de mettre des boules  » K…  » – publicité interdite – puis un casque anti – bruit, tout cela acheté à mes frais, bien sûr, de surcroît ! A l’ avenir, que ce soit pour moi comme pour d’ autres, faute de prise en compte professionnelle des conditions de travail, ce sera à moi, à la S.S. & à ma complémentaire santé, donc à moi aussi comme contribuable & cotisant, de même à l’ ensemble de la société française, de faire du curatif là où ma Société (Je crains fort qu’ elle ne soit pas une exception, hélas, à  » NE PAS  » réagir ainsi lorsqu’ il s’ agit de dépenses éventuelles de prévention ! ) a fait défaut…pécuniairement bien sûr car c’ est bien de cela qu’ il s’ agit.
D’ autre part, quand bien même cela s’ avérerait financièrement indolore pour moi à l’ avenir, outre le fait que cela ne pourra que s’ avérer
– un peu plus, dans mon cas, étant déjà R.Q.T.H. pour d’ autres motifs, statut que mon employeur n’ a, depuis plus d’ un an qu’ il en a connaissance, qu’ infiniment peu pris en compte en terme d’ adaptation de mon actuel poste de travail, sans même évoquer mes demandes récurrentes d’ évolution professionnelle, de bilan de compétence & de formations à cet effet afin de pouvoir à terme exercer un autre métier dans lequel mon handicap serait précisément moins voire pas du tout… –
handicapant dans le cadre professionnel
& aussi, de plus, dans celui de ma vie personnelle  » tout court  » !

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