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Qu’est-ce que la Langue des Signes Française? Loin des préjugés, nous donnons la parole à Mélanie Pauhle, qui a testé pour nos partenaires d’Handirect l’apprentissage de cette langue!

Comment ne pas aborder un jour ou l’autre le sujet de la Langue Des Signes Française (LSF)? Cette communication n’est pas réservée qu’aux sourds et malentendants, détrompez-vous! Elle est d’une incroyable richesse, avec beaucoup de sensibilité et d’émotion, si peu que l’on se laisse emporter un minimum…

J’ai eu des difficultés en « langues vivantes » à l’école depuis toujours, surtout en anglais. Pour moi ces langues-là sont un autre monde, quasi obscur, et qui le demeure avec les années. J’ai toujours eu envie de comprendre un peu le monde et la culture sourde, surtout depuis mon arrivée au lycée. C’est finalement à l’âge de 20 ans que j’ai commencé à suivre des stages intensifs l’été. La découverte de la LSF a été une réelle surprise. Dans notre société codifiée, la communication est très encadrée, normalisée et on évoque finalement très peu d’autres modes de communication. Et c’est réellement dommage!

Une langue d’une grande richesse

Nous n’utilisons pas des mots mais des signes pour communiquer. Et ceux-ci ont une bonne logique pour la plupart: par exemple le signe de la couleur rouge correspond à la couleur des lèvres, on pose donc le bout de l’index sur ses lèvres. Et pour signer un chat on mime ses vibrisses!

La pratique de la LSF peut être un peu compliquée au début si vous avez dans votre groupe un gaucher (ou un droitier s’il n’y a que des gauchers). En effet, les signes seront réalisés avec votre main dominante. Donc, si vous êtes droitier et que vous signez avec un gaucher, un petit temps d’adaptation est nécessaire car sa main dominante est en miroir de la vôtre!

Nous nous habituons vite avec un peu de pratique. La LSF demande d’impliquer son corps, ses émotions. On pourrait penser qu’il y a une part théâtrale dans les échanges en LSF, pourtant ce qui peut sembler surjoué aux yeux d’un novice est en réalité un moyen subtile de rendre compte pour le mieux de ce qu’il en est.

Si un signe vous manque, vous pouvez mimer. À aucun moment on ne bloque dans la communication, que cela soit entre stagiaires ou avec l’enseignant. On trouve toujours un moyen de se faire comprendre.
Et si vraiment le besoin s’en ressent, il est toujours possible de dactylographier le mot, mais au final c’est très rare!

Ne pensez pas que cette langue est approximative et que l’on ne peut pas retranscrire les détails ou les subtilités d’une situation: nous pouvons très bien situer dans l’espace les éléments ou les personnages d’une histoire, rendre compte du temps et des différents points de vue de chaque personne.

Cette langue est idéale pour les personnes entendantes qui sont curieuses, ouvertes aux autres, avec une bonne mémoire visuelle et corporelle. N’hésitez pas, c’est une bonne aventure et de belles rencontres à faire! Osez vous intéresser à cette culture même si vous ne côtoyez pas directement des sourds et malentendants dans votre quotidien, vous ne serez pas déçus!

Des stages partout en France

Il existe de nombreuses associations, qui partout en France, proposent des cours du soir hebdomadaires, des stages directement en entreprise ou des stages pendant les vacances scolaires. À savoir d’ailleurs que la formation peut être payée par Pôle Emploi et que les étudiants ont souvent droit à des réductions!

Lors de mon premier stage en 2014, l’enseignante a expliqué, grâce aux mimes, les bases de la culture sourde.

D’ailleurs, dans le groupe, chacun détermine un signe dès le début de la formation qui lui servira de surnom. En LSF on n’interpelle pas son interlocuteur par son prénom mais plus souvent avec ce signe. Par exemple, mon enseignante met très souvent une barrette dans ses cheveux, son signe surnom est donc celui d’une barrette! Pour ma part c’est le signe d’une tornade, car je ne suis toujours en mouvement, vite, à faire plusieurs choses à la fois!

Mon dernier stage remonte à juillet dernier, toujours avec la même enseignante, sourde et muette. Le dernier jour, nous sommes allées au restaurant. Lors de cette sortie nous avons pu voir que notre enseignante, pourtant très ouverte et joviale, fait face à des difficultés que nous, entendants, ne soupçonnions même pas.

Par exemple, c’était délicat pour commander ses plats ou demander la cuisson d’une viande avec un serveur pressé et peu disposé à s’adapter. Nous avons ainsi pris conscience de la difficulté pour les sourds et malentendants à vivre dans notre société surtout adaptée aux entendants.

Ces associations organisent régulièrement des rencontres dans des cafés pour pratiquer la LSF. Bien sûr il est idéal de pratiquer pour conserver ses acquis et progresser mais j’ai été étonnée de voir que je n’avais pratiquement rien oublié entre mes deux stages, à un an d’intervalle.

En continuant ma formation dès que j’en ai le temps, j’espère pouvoir un jour atteindre un niveau correct pour éventuellement utiliser la LSF dans ma vie professionnelle. Et qui sait, peut-être un jour je commencerais à m’intéresser au braille!

Vous apprenez vous aussi la LSF? Vous souhaitez témoigner? Laissez-nous un commentaire sur les réseaux!

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