En 2021, plus de 995 000 entreprises ont été créées selon l’INSEE. Vecteur de liberté, l’entrepreneuriat permet de créer ses propres conditions de travail, d’autant plus lorsque vous êtes en situation de handicap. C’est ainsi que Lali, qui s’est lancée dans l’entrepreneuriat, mais qui est aussi auteure et conférencière, a accepté de répondre à nos questions ! Focus sur ce portrait haut en couleur.

Pouvez-vous vous présenter et présenter votre parcours ?

Je suis Lali DUGELAY, autiste dit de niveau 1 dans la nouvelle classification, plus connu sous le nom d’autisme Asperger. J’ai d’autres jolies spécificités : je suis dyspraxique, dysgraphique et légèrement dysphasique. Je suis également TDAH, HPI et prosopamnésique.

J’ai été officiellement diagnostiquée assez tardivement, il y a 3 ans. Cependant, je m’étais auto-diagnostiquée en 2007, le jour où j’ai décidé de travailler en entreprise. Jusqu’alors, je travaillais depuis chez moi, sans interactions socio-professionnelles.

Un jour, j’ai décidé qu’il était temps que je puisse avoir un salaire fixe et des congés. J’ai donc cherché un travail en tant que salariée. Les premiers mois en entreprise se sont plutôt bien déroulés, mais j’ai très vite ressenti que j’étais en décalage avec mes collègues, sans savoir exprimer pourquoi.

Puis, j’ai eu l’occasion d’accueillir une jeune fille en stage d’observation qui était en phase de diagnostic d’autisme Asperger. Je ne savais pas du tout de quoi il s’agissait à l’époque. Néanmoins, c’était la première fois que je parvenais à parler à quelqu’un avec autant de facilité.

Quand elle est partie, je me suis renseignée sur ce qu’était l’autisme. J’avais l’impression qu’en lisant énormément sur le sujet, j’arriverais à réduire la frontière qui me séparait des neurotypiques. J’ai beaucoup travaillé sur moi, j’ai voulu faire comme les autres et, à un moment, cette frontière s’est transformée en gouffre.

Ainsi, en 2018, je me suis effondrée sur mon lieu de travail et le médecin m’a arrêté. Parallèlement, j’ai développé une multitude de problèmes de santé, dont un cancer de l’utérus. C’est à ce moment-là que j’ai suivi les conseils de mon médecin, à savoir prendre soin de moi et couper tout lien avec cette entreprise qui était devenue un espace toxique pour moi.

Puis, en 2020, avant le confinement, j’ai contacté les hôpitaux de Paris pour tenter de me faire diagnostiquer. Découragée par les 3 années d’attentes avant un premier rendez-vous, une psychiatre libérale m’a finalement diagnostiquée au printemps.

Ensuite, je suis retournée en entreprise et mon employeur m’a annoncé que je faisais l’objet d’un licenciement économique. J’ai alors compris que c’était l’opportunité de choisir mon chemin professionnel. Pour moi, il était essentiel de travailler avec des personnes pour qui l’autisme n’est pas considéré comme un frein à l’inclusion !

J’ai ainsi pu intégrer une association 2 jours par semaine en tant que responsable communication, Le Club des Six, qui gère des habitats inclusifs pour personnes en situation de handicap.

En parallèle, en mars 2021, je me suis retrouvée aux côtés de Sophie Cluzel sur le plateau de Cyril Hanouna pour la journée internationale de l’autisme. Cela m’a apporté pas mal de visibilité et j’ai commencé à donner beaucoup de conférences. C’est là que j’ai décidé de me mettre en auto-entrepreneur.

Aujourd’hui, je me rends compte que le statut d’auto-entrepreneur s’est imposé comme une nécessité pour moi. Je peux enfin réguler comme je le souhaite l’intensité de mon rythme aux contraintes liées à mon handicap. Cela me demande beaucoup de travail, car il faut trouver les clients et préparer mes interventions répondant toujours méticuleusement aux objectifs et aux attentes des entreprises. En outre, je continue à me former sans cesse pour développer mes connaissances et compétences sur le champ du handicap.

Vous êtes entrepreneur et avez créé Aspie at Work, pouvez-vous nous en dire plus sur le sujet ?

J’accompagne les entreprises pour mettre en place et pérenniser leur politique handicap. Je propose à cette fin des conférences et des formations au handicap en entreprise. Elles sont à destination des référents handicap et/ou des managers qui veulent savoir comment accueillir des personnes en situation de handicap dans leur service.

J’interviens aussi auprès des étudiants en études supérieures, destinés à être de futurs managers, afin de leur donner des clés pour accompagner leurs futurs collaborateurs handicapés.

Comment s’est déroulée votre création d’entreprise ? Quels ont été vos plus belles réussites ? Et vos difficultés ?

Pour moi, les difficultés sont plutôt administratives  : trouver la bonne information, savoir quel statut prendre, auprès de qui s’adresser… Par ailleurs, gérer toutes les déclarations quand vous êtes seule est un peu compliqué, surtout lorsque vous êtes autiste. Pour moi, c’est beaucoup de temps passé à traiter l’administratif !

D’un autre côté, le point positif, c’est que j’ai de plus en plus de demandes qui sont encore très axées sur des thématiques du type Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (SEEPH). Le problème est d’engager les entreprises de façon récurrente sur d’autres sujets liés au handicap en entreprise !

Avez-vous bénéficié d’un accompagnement pour vous lancer dans l’entrepreneuriat ?

Au début, je n’ai pas eu d’accompagnement. Je n’ai pas réfléchi à mon statut puisqu’il s’agissait de quelques missions sporadiques. Ce n’est qu’aujourd’hui, maintenant que mon activité a pris son envol, que je prends le temps de réfléchir. Je fais d’ailleurs partie du club Les Entreprises s’engagent de la CCI de Paris pour y voir plus clair et m’aiguiller.

En parallèle, je suis une formation pour obtenir une certification de formateur professionnel, et dans ce cadre, je bénéficie d’un mentorat destiné à m’orienter dans la mise en place d’autres actions. Cela me permettra de voir si j’ai pris le bon statut ou si je dois revoir ma copie.

Vous arrive-t-il d’être confrontée à certains préjugés lors de vos rendez-vous avec des clients ?

La plupart du temps, les demandes viennent spontanément par LinkedIn de personnes concernées directement ou indirectement par le handicap. Elles me contactent en toute connaissance de cause. Mon handicap devient alors à leurs yeux un argument complémentaire pour intervenir dans leur entreprise. En effet, qui mieux qu’une personne en situation de handicap pour parler handicap ?

Parfois, l’employeur impose la formation à un public. Il n’est donc pas rare de voir des collaborateurs qui ne sont clairement pas intéressés par le sujet. Pourtant, au fur et à mesure que la conférence avance, je constate qu’ils prêtent un peu plus l’oreille, jusqu’à se montrer tout à fait intéressés. C’est alors une grande satisfaction de constater que même les plus réticents au départ changent de regard sur le handicap grâce à mon intervention.

Vous avez écrit un livre, « L’autisme est mon super pouvoir » qui sortira aux éditions Jouvence en mars, de quoi parle-t-il ?

En août, j’avais beaucoup de phrases qui me venaient en tête. Je les reportais sur un carnet qui ne me quittait pas. Finalement, en septembre, j’ai couché sur le papier tout ce que j’avais en tête et j’ai écrit le livre en une semaine. C’était assez facile étant donné que je racontais ma vie. Je n’imaginais pas spécialement me faire éditer, c’était à l’origine une façon de poser des mots sur des maux. Ainsi, je raconte comment j’ai réussi à trouver la force pour avancer malgré tout, jusqu’à ce fameux diagnostic tardif qui a été un déclencheur de bonheur.

Dans mon livre, j’ai pris le parti de m’adresser directement au lecteur et de lui dire « tu » pour plus l’impliquer. Par ailleurs, Sophie Cluzel a eu la sympathie de préfacer mon livre. Il sortira dès le 14 mars, mais est déjà en prévente  !

Autisme et entrepreneriat

Avez-vous un dernier message à faire passer à nos lecteurs ?

Soyez vous-même ! Vous avez le droit. Restez optimiste même si ce n’est pas toujours facile. Le handicap sera d’autant mieux perçu.

Finalement, je suis devenue pleinement heureuse le jour où j’ai pu parler de mon handicap sans en faire une honte et une gêne. Il faut vivre le plus heureusement avec votre handicap.

En France, plus de 75 000 personnes sont actuellement recensées comme TIH, Travailleurs Indépendants Handicapés. Talentéo vous avait déjà donné 5 conseils pour réussir votre entrepreneuriat. Si vous êtes porteur de handicap et entrepreneur, n’hésitez pas à partager votre témoignage sur nos réseaux. 

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