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30JAN 13

Travailler avec un collègue... atteint de dépression

Tous les derniers mercredis du mois, notre série « Travailler avec un collègue en situation de handicap » se penchera sur un état de santé posant parfois problème au travail. Comment contourner ces freins au bon fonctionnement d’une équipe? C’est que nous tenterons de découvrir aujourd’hui au sujet de la dépression.

Chaque handicap est unique. Chez Talentéo, nous avons compris que si nous pouvions sensibiliser au handicap dans l’emploi, il fallait surtout prendre en compte les situations au cas par cas. Il est nécessaire de comprendre que le handicap est un ensemble de symptômes qui posent problème (ou pas) dans un contexte donné. C’est pourquoi on parle de situation de handicap.

Travailler avec une personne atteinte de dépression ne sera donc pas identique selon les cas. Nous avons recensé les traits communs de la maladie, pour que chacun puisse améliorer la relation de travail. Comprendre, c’est déjà changer les choses.

Un handicap psychique qui irait de pair avec un niveau élevé de formation

La dépression est un handicap psychique que nous appelons un handicap invisible : la personne qui en est atteinte peut souvent le « cacher ». Nous parlons bien de handicap psychique, et pas « mental ». Sont concernées des maladies aux noms qui font souvent paniquer : la schizophrénie, la paranoïa, l’anxiété généralisée, les troubles bipolaires, les troubles obsessionnels ou phobiques, et bien sûr la dépression chronique. Cette population représenterait selon l’Agefiph 16% des personnes en situation de handicap, soit 600.000 personnes!

Gardez votre sang-froid, et pensez en dehors de la boîte. Ces personnes auraient un niveau de qualification nettement supérieur à la moyenne. Ces pathologies se déclarent généralement à l’âge adulte, sans entraver la scolarité, de plus en plus souvent au cours de cursus exigeants. Saviez-vous que Auguste Compte, Louis XV et Jacques Mayol étaient dépressifs?…

Oubliez tout ce que vous pensez savoir: les symptômes objectifs de la dépression

Il est d’ordinaire déjà difficile de parler de son handicap, encore plus au travail. Les personnes atteintes de dépression sont très touchées par ce tabou, puisque pour la plupart des gens, « dépression » signifie tristesse. Il faut savoir que cette maladie peut toucher n’importe qui, qu’une personne soit triste, gaie, énergique, ou paresseuse. Biologiquement parlant, il s’agit d’un dérèglement chimique touchant le plus souvent la sérotonine (un neurotransmetteur), la thyroïde…

Quand un médecin cherche à faire un diagnostic, il se base sur les symptômes visibles ou ressentis du patient. Pourquoi n’arrivons-nous pas à en faire de même? Parce que le handicap est souvent tabou. Quand vous pensez dépression, pensez à présent :

  • Variations de poids, troubles du sommeil (insomnie/hypersomnie)
  • Fatigue et perte d’énergie
  • Ralentissement psychomoteur : troubles de la concentration et de la mémoire, difficulté à suivre une conversation, indécision
  • En situation d’épisode dépressif majeur : dévalorisation, humeur triste et mélancolique, perte d’intérêt pour les activités habituelles, idées suicidaires

L’importance de ces symptômes variera selon le degré de traitement suivi par la personne qui en est atteinte!

Oiseau n° 1 : "Votre collègue est en dépression grave due au stress du travail. C'est très sérieux. Cela peut être mortel. Vous devez éviter de le stresser, et prendre en charge ses dossiers en cas d'absences répétées." Oiseau 2 : "Tu parlais au médecin du travail? Qu'est-ce qu'il a dit?" Oiseau 3 : "Euh... Ben... Il a dit que tu allais mourir".

De l’importance des stéréotypes.

 

Les préjugés sont parfois des tabous: en parler pour mieux travailler ensemble

Le problème de la dépression, et plus globalement du handicap psychique, est d’accepter qu’il s’agisse d’un handicap. Parce que les personnes en situation de handicap ont les mêmes tabous et idées reçues que le reste d’entre nous, elles ont du mal à demander une reconnaissance en qualité de travailleurs handicapé (RQTH). Le Handicap représente souvent pour eux une étiquette. Pourtant, « handicap » signifie objectivement « désavantage », pas « position de faiblesse »…!

La personne atteinte de dépression doit se distancier de ses symptômes, et comprendre qu’elle n’est pas « fautive ». Parler de symptômes aide à comprendre qu’il s’agit d’une maladie qui a sans doute des origines psychiques, mais qui a pourtant des répercussions physiques, notamment en terme d’énergie ou de concentration.

Comprendre que le handicap touche potentiellement tout le monde a tout âge de la vie aide également. En effet, 5 millions de français sont actuellement en situation de handicap, et seulement 15% de handicap adviennent avant l’âge de 16 ans.

Témoignages et conseils pratiques

« Mon handicap était très gênant pour faire mon travail dans les temps. Tout a été beaucoup plus simple pour moi quand mon manager s’est penché avec moi sur la façon de mieux m’organiser pour gérer mon temps. Nous avons énormément discuté de ma problématique de santé, et à force, on a réussi à trouver ensemble un système qui me convenait. Ça a pris pas mal de temps, mais aujourd’hui je peux dire que j’apporte vraiment quelque chose de particulier à l’équipe, en plus de mes compétences : je les pousse à être plus synthétiques, un peu plus organisés! Et peu à peu, j’arrive de mieux en mieux à m’organiser, et à atteindre le niveau d’exigence qu’on me demande sans me mettre la pression. L’attitude de mon entreprise a vraiment fait la différence, et me permet de dépasser la maladie, même si je sais qu’elle est chronique et qu’elle ne disparaîtra jamais vraiment. »

Charlotte,  31 ans.

  • Comprenez que quelqu’un atteint de dépression a plus de mal à gérer son énergie que la moyenne. Evitez de lui mettre trop de pression sur les objectifs, sinon, gare au burn-out : votre collaborateur fera tout pour réussir, mais il viendra à bout de ses réserves d’énergie très rapidement.
  • Voyez avec votre collaborateur comment il s’organise pour gérer les problèmes de mémoire et de concentration. Suivre le fil dans une conversation remplie de détails peut être difficile, épargnez-lui les informations inutiles, disciplinez-vous!
  • Encouragez-le à prendre des décisions, à écouter ses intuitions. Le plus souvent, il a pleinement conscience des implications des choix qui s’offrent à lui. Son souci est de se fier à son jugement, qui peut être par ailleurs excellent.
  • De manière générale, évitez de critiquer son travail de façon sous-entendue. Une critique se rapportant à son travail est souvent perçue dix fois plus intensément par une personne dépressive. Parlez-en franchement et relativisez.
  • Globalement, votre travail de collègue ou de manager sera de redonner confiance. Rassurez-le sur ce qui est positif, offrez-lui des retours favorables aussi souvent que possible.
  • Le problème se situe enfin sur la capacité d’établir des connections. Incitez-le à être en relation avec de nombreux interlocuteurs, petit à petit.

Vous êtes en dépression et vous travaillez? Votre collègue ou collaborateur est en dépression? Vous vous demandez si c’est le cas et voulez en parler? Les commentaires sont vos amis!



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Commentaires (8)

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Clémentine

10 février 2015 - 8 h 24 min

J’aurais bien aimé que l’article développe la manière dont les collègues d’une personne dépressive peuvent faire pour ne pas se laisser aspirer toute leur énergie à essayer de compenser le ralentissement de cette personne. Car le travail doit bien se faire, et si la personne dépressive ne peut pas l’assumer, ce sont forcément les collègues qui doivent absorber la charge de travail. En plus d’être sensés être soutenant et bienveillants avec le collègue dépressif, ce qui parfois est de plus en plus dur. Comment faire pour ne pas se sentir plombé, aspiré vers le bas, avec l’impression de devoir lutter tous les jours pour ne pas rejoindre la personne dans son apathie et son mal-être ?

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    c.degarcia

    13 février 2015 - 12 h 53 min

    Bonjour,

    Merci pour votre commentaire !
    Logiquement, des aménagements adéquats doivent permettre à la personne dépressive d’assurer sa charge de travail. En effet, tous les collègues dépressifs ne sont pas apathiques : ils peuvent suivre un traitement approprié, bénéficier d’aménagement ou tout simplement être en rémission !
    Si vous rencontrez des difficultés avec un collègue dans ce cas de figure, référez-en à votre manager et à la personne responsable de la mission handicap de l’entreprise : le dialogue avec l’une de ces deux personnes en médiatrice devrait permettre de résoudre le problème en levant certains non-dits ou incompréhensions.

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constans

25 février 2013 - 12 h 59 min

Réponse à Caroline VINCELET.

Je n’ ai ni chiffre ni nombre à fournir, uniquement – Excusez du peu ! – ma propre expérience et aussi dans une certaine mesure celle d’ autres personnes elles aussi intolérantes au gluten, par exemple.

Quant à l’ implication éventuelle du lactose ou du gluten dans la dépression – ou les différentes formes de dépression … -, je précise que mon sentiment est que :
– soit on pose des diagnostics dépressifs à tord, parfois, alors qu’ il s’ agit de toute autre chose ;
– soit il faut admettre en effet que des troubles + ou – graves causés par des aliments à notre système digestif sont tels qu’ ils peuvent provoquer des symptômes dépressifs, compte tenu du rôle joué semble- t’ il par nos intestins en particulier à l’ échelle de notre santé globale –  » Un seul organe dysfonctionne et tous sont perturbés  » Le poète que je paraphrase ainsi me le pardonnerai, je l’ espère, tant les organes sont les différents éléments interconnectés d’ un ensemble appelé corps, n’ est – ce pas ? -.

Quant à l’ hygiène de vie des  » personnes en situation de handicap « , elle doit bien évidemment être la + possible adaptée au(x) handicap(s) mais aussi & surtout, avant même l’ apparition du handicap dans 1 certain nombre de cas, nous devons appliquer le précepte de Bénédict dans l’ opéra  » Béatrice & bénédict  » de Hector BERLIOZ :  » Celui qui s’ inquiète des propos d’ autrui n’ osera jamais rien faire qui ait le sens commun  » – Bien que le contexte soit très différent, je l’ avoue… -, plus explicitement :
– la douleur est un signal qu’ il ne faut jamais négliger,
– auquel il ne faut pas s’ habituer sans y réagir en en cherchant les origines
– et surtout, sortons définitivement d’ a priori qui nous font voir en chaque personne se plaignant d’ un mal ou d’ un autre un  » malade imaginaire « , un hypocondriaque donc.

Cette nouvelle attitude ne pourra alors que favoriser la prévention, nous ramenant au bon vieux proverbe qui dit que  » Mieux vaut prévenir que guérir  » , évitant par là même un accroissement des dépenses de santé que l’ ensemble de notre Société supporte et/ou donnant la possibilité à chacun(e) d’ entre nous de se soigner correctement, tout simplement, lorsque le préventif n’ aura pas permis d’ éviter le curatif.

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constans

25 février 2013 - 10 h 33 min

Des études scientifiques récentes semblent démontrer le rôle considérable joué par notre système digestif, les intestins en particulier, dans notre état de santé général : il est de + en + désormais considéré comme un  » 2ème cerveau  » tant ses connexions avec lui, d’ une part, ses capacités de fonctionnement  » en toute autonomie  » aussi, d’ autre part, apparaissent conséquentes !
Concernant les symptômes considérés à ce jour comme étant ceux de la dépression, je suis désormais persuadé, du fait de mon vécu, de l’ existence au moins dans 1 certain nombre de cas, d’ erreurs de diagnostic. J’ explique.
Lorsque depuis le + jeune âge – Cela, je ne l’ ai compris que quelques décennies + tard, hélas ! – des douleurs abdominales liées à des intolérances alimentaires ( lactose, gluten, par exemple ) quasi permanentes sont votre quotidien, vous considérez cette situation comme  » normale  » , n’ en ayant pas connu d’ autre, vous éprouvez de grandes difficultés de concentration en cours, par exemple et de +, entretenir des relations sociales  » normales  » même est quasi impossible, votre esprit occupé le plus souvent à  » contrôler  » – c’ est – à – dire, dans la pratique à tout faire pour empêcher – autant que faire se peu l’ émission de gazs intestinaux nauséabonds, y compris pour vous – même dans les pires des cas…
Dans ces cas – là, toute activité physique, instinctivement, s’ avère bénéfique pour votre santé, y compris la pratique du chant qui participe grandement à l’ amélioration du transit intestinal en  » massant  » la zone digestive et en réduisant fortement les ballonnements, comme je pouvais le constater alors, bien avant que je modifie radicalement mon alimentation afin de réduire au maximum les origines du problème, car c’ est à cela qu’ il faut s’ attaquer en priorité ! Hélas, lorsque vous exercer un emploi sédentaire, que vous ne connaissez pas encore les origines alimentaires de vos gros soucis de santé non plus, vous êtes souvent contraint à vous retenir, tant que vous le pouvez tout au moins…ce qui n’ est pas sans poser de problème, la nocivité de la cigarette ayant pendant très longtemps été bien mieux tolérée en société que l’ émission de gazs intestinaux – Enfant & en famille seulement cela peut être différent, prêtant dans la plupart des cas à rire voire à concours…-
Ayant vers l’ âge de 30 ans été diagnostiqué comme porteur d’ une R.C.H., ayant compris  » de l’ intérieur  » le processus déclenchant les  » poussées  » , notamment que les diarrhées ne viennent que dans un 2ème temps, après la constipation qui, elle, passe plus inaperçue car moins contraignante par ses effets dans notre vie quotidienne, au début tout au moins et seulement au début,
j’ ai désormais toutes les raisons de penser que des facteurs qui pourraient rester bénins – intolérance ou allergie alimentaire – peuvent jouer un rôle capital comme facteur déclenchant de maladies sérieuses par la suite du fait d’ une simple méconnaissance.
J’ insiste : même dans un cabinet médical, certains sujets peuvent demeurer  » tabous  » pendant trop longtemps dans notre esprit, jusqu’ à ce que vos problèmes de santé prennent une telle ampleur qu ‘ il n’ est plus possible de ne pas les évoquer y compris avec un omnipraticien et a fortiori avec un gastroentérologue…
Mais alors, les dégâts causés à votre santé sont déjà handicapants, dans une certaine mesure tout au moins puisque, fort de votre meilleure compréhension de la problématique, vous en venez à pratiquer la prévention santé comme un mode de vie permanent, bien loin de l’ hypocondrie dont on a pu vous affubler par le passé, ce type de handicap étant effectivement, invisible. Par la suite & pour ma part tout au moins, de nombreux autres problèmes de santé, liés pour certains d’ entres eux, sont venus s’ ajouter à ce qui aurait dû n’ être qu’ une simple  » contrainte  » alimentaire en terme de suppression de certains aliments de mon alimentation.
D’ autre part, documenté sur les problèmes de l’ autisme, il n’ est pas impossible non plus qu’ un grave dysfonctionnement du système digestif puisse être à l’ origine ou facteur aggravant pour cette maladie sérieusement handicapante.
Enfin, tant que des organes de notre corps n’ auront pas droit à leur  » titre de noblesse  » comme le coeur, les poumons & autres organes ne nous renvoyant pas à nos besoins – Trop primaires pour être dignes de notre humanité ? – comme la défécation, l’ émission d’ urine etc…, tant que leurs dysfonctionnements éventuels, dès lors qu’ on en est conscient, déjà, ne seront pas évoqués y compris souvent avec notre  » médecin de famille « , nos problèmes de santé de pourront que s’ aggraver jusqu’ à devenir même handicapants.

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    Caroline Vincelet

    25 février 2013 - 12 h 04 min

    C’est quasiment un article que vous nous écrivez Pierre, merci!
    Votre commentaire est très intéressant, vous avez tout à fait raison, le plus souvent, on ne remonte pas aux causes réelles de la maladie ou du handicap. Vous nous aidez à entériner le propos selon lequel l’hygiène de vie d’une personne en situation de handicap doit être irréprochable.
    J’ai cru comprendre en passant que le gluten ou le lactose pouvaient être à l’origine ou facteur aggravant de la dépression. Si vous pouviez nous donner des chiffres, je pense que cela intéresserait grandement nos lecteurs 🙂

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Serge Meunier

30 janvier 2013 - 11 h 44 min

A Caroline Vincelet
Merci pour le mot et n’hésitez surtout pas à m’interpeler par e-mail une fous le moment venu.
Cordialement,
Serge

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Serge Meunier

30 janvier 2013 - 10 h 49 min

Bonjour

Ce commentaire car je suis touché par ce que l’on nomme phobie et qui peut être invalidant ou non, un facteur important étant la mise en confiance de la part de mes interlocuteurs.

Cela s’est manifesté sur la vase d’une hypersensiblité de créatif. Une expérience professionnelle choquante (avec mise à l’écart d’un projet ayant pourtant obtenu un prix de l’Institut de France) m’a conduit jusqu’à un épisode -bref- de burn out…

J’anime aujourd’hui un travail documentaire web expérimental dont j’espère « vendre » le savoir-faire à une organisation, comme, notamment, ma ville. Je serai heureux de pouvoir témoigner ici de ce que je vis si cela peut rendre service à d’autres.

Serge Meunier / Chambéry

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    Caroline Vincelet

    30 janvier 2013 - 10 h 59 min

    Bonjour Serge et merci pour votre partage. Votre témoignage sera le bienvenu ici même. Nous aborderons les troubles phobiques dans un prochain article.

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