Chaque année, sur 400 000 personnes touchées par un cancer, 160 000 sont en emploi. 40 % donc, et pourtant la maladie reste un sujet épineux au sein des entreprises. 6 salariés malades sur 10 le qualifient même de tabou. Un sentiment qui se traduit par la peur d’un salarié sur deux atteint d’un cancer d’en parler à son employeur.

Vers une culture d’entreprise plus ouverte

Lorsqu’en avril 2022, le dirigeant de Publicis, Arthur Sadoun a révélé être porteur d’un HPV, un cancer lié au papillomavirus, à l’ensemble des 96 000 collaborateurs du groupe, cela a fait l’effet d’une bombe. Du jamais vu ! Jusqu’ici aucun patron du CAC 40 ne s’était risqué à communiquer sur son état de santé. Le quinquagénaire est allé plus loin en présentant en janvier dernier au forum de Davos son initiative appelée « Working with Cancer », « Travailler avec le cancer ». Un mouvement qui promeut une culture d’entreprise plus ouverte, plus solidaire. L’initiative bénéficie d’ailleurs du soutien de l’Institut Gustave Roussy et de diverses associations, dont en France, cancer@work, le 1er club d’entreprises dédié à cette thématique.

« J’ai reçu des milliers de témoignages de gens qui avaient été diagnostiqués avec un cancer. Comme moi, en apprenant la nouvelle, après avoir eu peur pour leur vie, ils ont immédiatement eu peur pour leur travail. Peur de perdre leur emploi, peur de ne plus progresser, peur de ne plus être à la hauteur ». Arthur Sadoun.

Plusieurs entreprises ont répondu à son appel dont BNP Paribas, Renault Group, Microsoft… Publicis, de son côté, a joint l’acte à la parole.

« On a pris des engagements concrets. Garantir l’emploi et le salaire pour au moins un an. Adapter les conditions de travail des malades, mais aussi des aidants. Favoriser la réinsertion avec un coaching personnalisé pour redonner confiance et apporter des perspectives » détaille Arthur Sadoun.

Ce n’est pas la première initiative de ce genre. En 2017, l’Institut National du Cancer lançait une charte listant 11 engagements en faveur du retour et du maintien dans l’emploi. Celle-ci avait d’ailleurs été signée par plus de 80 entreprises.

Le cancer toujours tabou en entreprise ?

Image d’illustration. Source : Pixabay.

Le maintien dans l’emploi : préoccupation majeure

Peu à peu, ces prises de conscience permettent la levée d’un tabou. Cependant, un autre enjeu se dessine : le maintien dans l’emploi. En effet, une personne sur trois perd ou quitte son emploi dans les deux ans après un diagnostic de cancer.

« Quand on mène un combat pour sa vie, on ne devrait jamais avoir à s’inquiéter pour son travail ». Arthur Sadoun.

Ce fut le cas pour Nathalie Vallet-Renart, co-fondatrice en 2013 de l’association Entreprise et cancer, en faveur du maintien et du retour à l’emploi. Après s’être vue diagnostiquer un cancer du sein, cette consultante RH espérait reprendre son travail rapidement. Malheureusement, les multiples rechutes et les effets secondaires du traitement ont contrecarré ses plans. En effet, la détérioration rapide de sa relation avec son responsable l’a poussée à quitter l’entreprise.

Une problématique qui est également au cœur de la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2023 du Gouvernement. Ce document consigne plusieurs projets d’actions tels « sensibiliser les professionnels de santé au bénéfice du maintien d’une activité professionnelle adaptée pendant et après la maladie », « apporter aux entreprises un soutien », « élargir les possibilités d’aménagement du temps de travail pour les adapter à la réalité de la vie des personnes » ou encore « proposer des expérimentations visant à faciliter la conciliation maladie et emploi ».

Au niveau européen, le centre Oscar-Lambret dans les Hauts-de-France est à l’initiative du programme baptisé « I Know how« . Un projet mené en collaboration avec la Belgique, l’Angleterre et la Hollande, et finalisé fin 2022. L’objectif est d’améliorer l’employabilité en co-créant de nouveaux services à destination des employés, des employeurs, du personnel médical et paramédical.

Dans le secteur privé, des plateformes comme coline.care ou Alex, par WeCare@work, accompagnent l’entreprise et les salariés malades restés en poste. Elles apportent également des conseils pratiques pour sécuriser le maintien dans l’emploi.

Ils sont 20 % à poursuivre leur travail pendant les traitements. Cela grâce notamment aux avancées thérapeutiques qui permettent de continuer à mener une vie presque comme avant la maladie. En parallèle, la reconnaissance ALD (Affection de Longue Durée) permet au salarié de bénéficier d’autorisations d’absence de son travail. L’objectif : lui permettre de suivre ses traitements médicaux sans être forcément en arrêt de travail.

Image d’illustration. Source : Pixabay.

70 % des entreprises ont des difficultés à gérer le retour d’un salarié

Quand on parle maintien dans l’emploi, difficile de ne pas évoquer le retour dans l’emploi. 80 % de salariés reprennent le chemin du travail une fois les traitements terminés. Une étape clé, pourtant loin d’être correctement appréhendée.

Sept entreprises sur dix admettent rencontrer des difficultés à gérer le retour d’un salarié.

« Les personnes malades doivent pouvoir retrouver un poste où elles seront épanouies professionnellement » estime Anne-Sophie Tuszynski, fondatrice de Wecare@work et de l’association Cancer@Work. « J’ai été marquée par une femme qui m’avait confié se sentir vivante, mais morte professionnellement après être revenue au travail suite à un cancer ».

Ainsi de nombreux professionnels préconisent une reprise du salarié d’abord en temps partiel et un accompagnement de l’employeur.

La loi Santé au travail du 2 août 2021 a d’ailleurs renforcé le dispositif de la visite de pré-reprise. En effet, celui-ci a été étendu à tous les arrêts de plus de 30 jours. Désormais, le médecin du travail peut-être à l’initiative de cette visite.

« Les managers ont souvent l’impression qu’un salarié qui revient d’un long arrêt maladie peut reprendre ses fonctions comme avant. Or souvent tout a changé : le collaborateur, l’entreprise, l’équipe, les projets, les process…  » Rappelle Alix Decroix, référente handicap, co-auteure du guide « (re) onboarding après un arrêt maladie : un atout dans la stratégie RH des entreprises » au magazine Être.

Travailler malgré la maladie : tout le monde y gagne !

Le travail apparait comme une planche de salut, que ce soit sur le plan financier, physique ou moral. En atteste Thierry Breton, Directeur Général de l’Institut National du Cancer : « des études ont montré que conserver une activité professionnelle pendant et après le parcours de soins participe à l’amélioration de la qualité de vie des malades« .

Anne-Sophie Tuszynski, ajoute « Quand on part sereinement, on revient plus sereinement et plus vite aussi, ça fait baisser le taux d’absentéisme ».

Et si cela a des effets bénéfiques sur la personne concernée, cela en a aussi pour l’entreprise. D’ailleurs, les résultats de la première étude économique sur le cancer et le travail, menée en 2016 par Cancer@Work avec le cabinet Astéres le prouvent. Ainsi, cette étude démontre que le maintien dans l’emploi permet à l’entreprise de faire des économies tout en créeant de la richesse immatérielle. Aussi, 77 % des actifs estiment que cela renforce la cohésion et l’engagement de l’équipe.

 

Vous souhaitez réagir ? Témoigner ? Rendez-vous sur la page LinkedIn de Talentéo !

 

Rencontrez un talent !

Partenariat

Partenariat

Affaires sensibles

Démocratie corinthiane : foot, bière et rock’n roll

00:00
Actuellement en live
En live !

Accéder au live