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Nous continuons notre série présentant des portraits d’entrepreneurs en situation de handicap avec cette semaine celui de Jérôme Adam. Fondateur de plusieurs entreprises, il est également le créateur et co-producteur de la série à succès « J’en crois pas mes yeux ». Retour sur son parcours.

Bonjour Jérôme, Pouvez-vous vous présenter?

Jérome AdamOriginaire de Champagne et adepte entre autres des sports nautiques, j’ai créé une première entreprise en 2000. C’était à la sortie de mes études après un échange aux États-Unis, à la Nouvelle Orléans. En parallèle de mes activités professionnelles, je suis engagé sur les sujets de la diversité et de l’entrepreneuriat avec le livre « Entreprendre avec sa différence » co-écrit avec Patrick Blanchet.

J’ai également construit avec Xavier Monmarché à Sciences-Po, l’enseignement « être entrepreneur aujourd’hui » et je suis trésorier du think tank « Renaissance Numérique » qui travaille sur la transformation de notre société à l’ère du numérique.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’entrepreneuriat? Comment en êtes-vous venu à créer « J’en crois pas mes yeux »?

Issu d’une famille de producteurs de champagne, j’ai baigné dans les problématiques des très petites et moyennes entreprises avec la gestion de stock, la créance clients et les fournisseurs. Aussi, dès l’adolescence, j’ai témoigné d’un certain goût pour l’engagement. J’ai été capitaine de l’équipe de foot du Stade de Reims chez les moins de 15 ans et délégué de ma promo de Seconde au lycée. Ensuite, des rencontres ont permis le déclic, notamment durant mes études à l’ESSEC et aux Etats-Unis.

Après deux créations dans le secteur IT et des activités gourmandes en capitaux financiers, je suis passé à des projets plus communiquants et « fun ». Nous avons créé avec Guillaume Buffet en 2010 la société JCPMY qui développe le programme vidéos « J’en crois pas mes yeux ».

Cette série aborde la diversité et le handicap avec humour et apporte un ton décalé sur des sujets perçus comme sensibles. Le film « Intouchables » n’était pas encore sorti et associer handicap avec humour n’était pas toujours évident.

Votre handicap a-t-il été un frein pour votre parcours d’entrepreneur?

J’ai perdu la vue il y a près de 25 ans. Aujourd’hui, je pense pouvoir écrire que j’ai accueilli mon handicap et que je suis passé de la perception d’une contrainte à celle d’opportunités.

Bien sûr, face à certains publics averses aux risques, tels que les banquiers et assureurs, le handicap demeure un statut – au lieu d’être un état – avec lequel il faut « jongler ». Mais globalement, pour mes clients ou fournisseurs, le handicap passe au second plan. Ce qui les intéresse avant tout c’est le produit ou le service que je propose.

Enfin, dans mon quotidien de chef d’entreprise, il est important d’être entouré des compétences complémentaires aux miennes. Avec Guillaume Buffet chez JCPMY, nous avons des profils complémentaires: cela aide à gérer les difficultés qui pourraient naître du handicap visuel – création des supports de présentation par exemple.

Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs qui, comme vous, souhaiteraient se lancer dans cette aventure?

Tout d’abord, ne pas attendre de tout maîtriser, ne pas croire que pour se lancer il faut déjà tout connaitre. Le principal est de rester à l’écoute et de s’adapter, de faire évoluer ses idées.

Ensuite, éviter la paranoïa du créateur qui pense que si il parle de son projet, on va lui « piquer ». Et enfin, savoir avouer ses limites pour s’entourer et déléguer plus facilement.

Quels sont vos projets à venir?

A très court terme, Guillaume Buffet et moi allons réaliser l’ascension du mont Ventoux en tandem le 12 juin prochain. La préparation et l’ascension donneront lieu à un documentaire réalisé par Henri Poulain. L’idée est de continuer à diffuser nos messages autour du vivre ensemble selon l’approche «Faites l’humour, pas la guerre». A l’origine privée, cette initiative est devenue collective avec la participation d’entreprises et de particuliers.

Par ailleurs, je travaille sur un long métrage pour le cinéma avec le réalisateur Nils Tavernier. Nous allons entrer en phase de développement après avoir écrit le séquencier.

Enfin, je garde en tête que le sport est un formidable moyen pour se reconstruire, oublier ses difficultés et aider à se projeter. Je souhaiterais ainsi probablement dans ma région d’origine créer une activité rassemblant les différentes pratiques sportives – mais pas que – et mettre en avant les savoir-faire locaux. Il est trop tôt pour en dire davantage.

Vous souhaitez en savoir plus sur Jérôme Adam et sur sa websérie? Rendez-vous sur le site internet de « J’en crois pas mes yeux »!

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