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Comment la diversité est-elle représentée dans les médias ? Interview du directeur de projet de la « Mission Différences » à France Télévisions par nos amis d’Handirect.

Photo de Olivier Harland, directeur de projet de la "Mission Différences" à France Télévisions
Olivier Harland, est directeur de projet de la « Mission Différences » à France Télévisions. Il nous fait partager son quotidien et son point de vue sur l’évolution de la place des personnes handicapées dans la société.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

J’ai fait mes études à l’Ecole Supérieure de Publicité, d’où je suis sorti en 1977, diplômé en Relations Publiques. En 1979, je suis entré à Antenne 2 comme assistant en charge des questions relatives au handicap pour l’émission « C’est la vie ». Quelques années plus tard, j’ai rejoint la direction des programmes d’Antenne 2, où j’ai travaillé au choix et à la conception des programmes. Puis c’est en 2001, après la fusion des chaînes du groupe France Télévisions, que je suis devenu directeur de projet de la « Mission Différences » de France TV.

En quoi consiste la Mission Différences de France Télévisions ?

Elle a pour objectif d’améliorer la représentation sur France Télévisions de la diversité et des « personnes différentes ». Cela inclut les personnes handicapées, les personnes homosexuelles, les personnes âgées, les jeunes en difficulté, les personnes issues de la Diversité, ou encore toute autre personne différente que j’aurais oubliée de citer. Pour y parvenir, la Mission Différences est à l’écoute des institutions et associations qui représentent toutes ces personnes afin de pouvoir relayer leurs messages sur nos antennes. Egalement, nous éditons et diffusons chaque année – à destination des personnes chargées de l’information et des programmes de France Télévisions – un calendrier reprenant les principales journées nationales et internationales liées à la différence.

Quel est votre rôle ?

Je travaille sur trois grands domaines, en étant rattaché à trois directeurs de France Télévisions : Stéphane Bijoux, en charge de la représentation de la diversité dans l’information, Marie-José Alie Monthieux, en charge de la diversité des programmes, et François Brabant, Directeur de la rédaction des sports. Concernant l’information, je suis chargé de suivre toute l’actualité des différences, en m’appuyant notamment sur le calendrier des événements établis en début d’année. Dans le même temps, je suis à l’écoute de toutes les personnes qui me contactent : responsables d’associations, organismes, institutions, particuliers. Pour cela, je participe chaque semaine aux conférences de prévisions hebdomadaires des rédactions de France 2, de la rédaction nationale de France 3, et de la rédaction de France Ô avec ses rédactions ultramarines, qui rassemblent autour d’une table tous les chefs des services d’information responsables des journaux de France Télévisions. Je les informe alors de chaque actualité dont j’ai connaissance, parfois en leur précisant un angle de traitement possible pour réaliser un reportage ou une interview. Au niveau des programmes, j’accueille les producteurs et distributeurs qui me sollicitent en me présentant différents projets : séries, fictions, documentaires… Je les conseille dans la conception, j’évalue si leurs propositions pourraient correspondre aux programmes de France Télévisions et je les mets en relation avec les professionnels susceptibles de les aider. J’évoque également ces projets auprès des chaînes, lors des réunions organisées avec les référents diversité de chaque antenne, tout en participant au développement des programmes déjà en cours d’élaboration. C’est notamment dans ce cadre qu’a été lancée la diffusion de la série Vestiaires, qui a très vite suscité l’intérêt de France 2. Une nouvelle version de ce programme court verra d’ailleurs le jour en 2014, compte tenu du grand succès rencontré auprès des téléspectateurs. Sur le plan sportif, j’ai participé à la mise en place éditoriale des retransmissions des Jeux Paralympiques d’hiver 2014, qui se sont déroulés à Sochi du 7 au 16 mars, et dont 61 heures ont été diffusées sur France 4. Le Magazine Stade 2 a réalisé une page spéciale sur France 2 le 2 mars, et le magazine Tout le Sport de France 3 a assuré une couverture quotidienne pendant la durée des Jeux. Un envoyé spécial de France 2 a été présent sur le terrain.

Dans quelle mesure la diffusion des Jeux Paralympiques peut-elle changer le regard du public sur le handicap ?

Lorsque les téléspectateurs regardent les Jeux Paralympiques, ils voient des sportifs, des compétiteurs et des records, avant de voir des personnes handicapées. C’est un plaisir pour eux de suivre ces épreuves. Il y a d’ailleurs une vraie demande en ce sens aujourd’hui. Il suffit de voir les bonnes audiences réalisées lors de la diffusion des Championnats du Monde d’Athlétisme de Lyon en juillet dernier. Une vingtaine d’années plus tôt, on n’aurait jamais imaginé diffuser des compétitions handisports et rencontrer un tel succès.

Depuis votre entrée à la télévision publique, en 1979, quelle évolution avez-vous constaté concernant la place des personnes handicapées dans les médias ?

Le handicap est beaucoup plus présent et plus intégré à la société. Avant, lorsqu’on voyait un reportage par mois à la télévision, on applaudissait. Aujourd’hui, il y en a plusieurs chaque mois et c’est devenu normal. Le handicap est évoqué et perçu d’une manière différente. En 1987, année de la création du Téléthon, le handicap était associé à la charité. On en parlait pour demander de l’argent. A présent, on diffuse des épreuves sportives pour montrer des exploits, ou des documentaires pour présenter les dernières innovations technologiques mises au point pour faciliter la vie des personnes handicapées… et qui au final pourront servir à tous, comme c’est le cas pour les télécommandes, au départ conçues pour les personnes lourdement handicapées. De même pour l’informatique. Il y a peu, France 2 a notamment diffusé dans son journal de 20h un reportage sur Philippe Streiff, pilote de Formule 1 devenu tétraplégique, et qui conduit aujourd’hui un véhicule totalement adapté à son handicap.

Plus globalement, dans quelle mesure le regard du public sur le handicap a-t-il changé selon vous ?

Dans une certaine mesure, la télévision suit l’évolution de la société et est en est le reflet. Alors que le handicap est plus visible à la télévision, je trouve qu’il est également plus visible dans la rue, dans les commerces et dans les transports. Il est beaucoup plus intégré à la société et les personnes handicapées renvoient une image plus positive : on reconnaît plus souvent leurs qualités et compétences, en particulier dans l’emploi, et les améliorations apportées grâce à elles, comme la technologie, l’économie, etc. Par ailleurs, des initiatives commencent à naître pour que le handicap soit davantage pris en compte au quotidien, notamment avec la loi sur l’accessibilité.

Quelque chose à ajouter ?

Je souhaite que les chaînes de France Télévisions puissent diffuser de plus en plus de programmes qui permettent de montrer la différence au grand public. J’adresse donc un message aux producteurs : n’hésitez pas à nous contacter. Tous les projets sont susceptibles d’être intéressants, et nous n’en recevrons jamais trop. Comme vous le voyez, j’ai beaucoup de travail, mais je ne suis pas seul et je dois remercier tous ceux qui m’aident à relayer les différences sur nos antennes au quotidien.

Logo de Handirect, le média des situation handicapantesContribution Handirect.frFondé en 1997, Handirect est  un bimestriel indépendant spécialiste du handicap. Son objectif ? Diffuser le plus grand nombre d’informations pratiques concernant les personnes handicapées, leur entourage familial et professionnel. Handirect est devenue une référence dans le monde du travail grâce à son supplément Handirect Emploi.

Photo : « Dans une certaine mesure, la télévision suit l’évolution de la société » © Fred CAROL / France Télévisions

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