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25SEP 13

Travailler avec un(e) collègue… autiste asperger

Notre dossier « Travailler avec un collègue en situation de handicap » aborde chaque mois une pathologie pouvant être source de problèmes dans une équipe. Solutions pour une collaboration entre personnes autistes Asperger et neurotypiques.

Talentéo insiste souvent sur le fait qu’il est tout à fait possible de concilier handicap et emploi. Effectivement, il est important de réaliser que le handicap reste une particularité dans un parcours de vie. L’important est donc d’en parler à ses proches, qu’ils appartiennent au domaine privé ou professionnel, afin de se concentrer sur ce qui fait notre force et compenser les éléments négatifs pour avancer dans le bon sens.

L’autisme Asperger, au même titre que n’importe quel handicap, n’est finalement qu’un ensemble de symptômes, qu’ils soient temporaires ou définitifs. Souvenez-vous, nous avions déjà évoqué la dépression, la déficience visuelle, l’anxiété et les phobies, la maladie de Crohn, ou la déficience auditive.

Le handicap et l’autisme Asperger : savoir de quoi on parle objectivement

Le Syndrome d’Asperger et l’autisme de haut-niveau sont classés parmi les troubles neurologiques et complexes du spectre autistique. Ces troubles vont venir affecter certaines fonctions du cerveau, comme nous le verrons plus bas, même si 70% des personnes autistes n’ont aucun retard mental. Certains sont même surdoués, ce qui arrive très souvent dans le cadre de l’autisme Asperger.

Il y aurait 350 000 à 600 000 autistes en France, soit près d’un pourcent de la population. Il est extrêmement difficile d’obtenir des chiffres sur l’autisme Asperger, étant donné que le diagnostic est difficile à établir. Le Ministère du Travail indique que seules 1000 à 2000 personnes autistes travaillent en milieu ordinaire.

Saviez-vous pourtant qu’Albert Einstein, et Isaac Newton, deux des plus grands scientifiques de l’histoire, étaient atteints du syndrome d’Asperger? Il n’y a d’ailleurs pas que dans les sciences que nous trouvons des génies « Aspies », puisque tel est le surnom de cette pathologie ou de ceux qui en sont atteints. Michel-Ange, le peintre de la chapelle Sixtine, l’était, tout comme Georges Lucas, le réalisateur de Star Wars.

Autisme Asperger : les symptômes réels

Comme mentionné plus haut, un autiste Asperger ne connaît pas de retard mental, ni de retard du langage. Selon Ophélie, personne autiste Asperger, « la méconnaissance de l’autiste fait qu’il est souvent assimilé à de la psychose! ». Or, le syndrome s’accompagne de traits tels que :

  • hypersensibilité à certains bruits ou lumières;
  • élocution particulière : ton de la voix, prosodie, tendance au langage très formalisé
  • propension aux comportements répétitifs, intérêts quasi monomaniaques, comme nous l’explique Asperger Aide France;
  • maladresse physique (par exemple la dysgraphie, un trouble qui affecte l’écriture dans son tracé);
  • tendance à se renfermer et difficulté à amorcer les communications ou manifester leurs émotions, ce qui complique leurs rapports sociaux. Les « aspies » ritualisent leur comportement;
  • résistance au changement et angoisses qui peuvent en découler.

Le vrai problème : leurs difficultés d’intégration au sein de notre société. Pour Ophélie, les Autistes Asperger sont plus efficaces que les autres dans leur travail : « Les difficultés de communication, la superficialité des propos des collègues poussent l’Asperger a se renfermer, car il ne communique pas sur la même fréquence. »

Autisme Asperger et travail en équipe

La compagnie des TED aborde la question des aménagements à prévoir dans un dossier très pertinent. Donc que vous soyez un supérieur hiérarchique ou un collègue travaillant dans la même équipe qu’une personne Asperger, faites bien attention à:

  • Privilégier les consignes par écrit
  • Leur confier des tâches précises, d’établir un plan de travail clairement défini,
    avec des objectifs précis et réalisables. Le flou, l’ambiguïté, les changements de
    dernière minute les déstabilisent.
  • Anticiper au maximum leur agenda, planifier ce qui peut l’être, et éviter les modifications de dernière minute
  • Hiérarchiser clairement leurs priorités et les encadrer de façon structurée
  • Leur permettre de travailler dans un environnement calme
  • Accepter leurs remarques parfois « crues », et comprendre qu’ils sont incapables d’exprimer leur pensée de façon nuancée
  • Au contraire, être nuancé pour leur formuler des reproches, et être généreux en encouragements

Un accompagnement en général assez léger par un référent s’avère remarquablement
efficace.

Réaliser les atouts des profils Asperger pour l’équipe et l’entreprise

Selon Ophélie, « malgré des entretiens d’embauche très difficiles, les autistes Asperger sont méticuleux, perfectionnistes, appliqués à exécuter les directives, passionnés et honnêtes. Il est vraiment difficile à un asperger de se « vendre » : incapable de se rendre compte de ses atouts, il les trouve normaux, alors que par rapport à la norme ils sont très élevés. »

« Une personne atteinte du SA n’aime pas l’échec et va tout faire pour tenter de réussir tout ce qu’elle entreprend. Elle est donc persévérante. Elle dit ce qu’elle pense, n’a pas ou peu de préjugés (racisme, sexisme…). Elle peut évoluer, compenser ses manques et améliorer ses comportements si son entourage l’aide et si on lui en donne les moyens. »

Autisme France

Les autres côtés positifs de ce syndrome? Une pensée analytique, une honnêteté irréprochable, et une logique et une mémoire extraordinaires.

Entreprises, qu’attendez-vous pour embaucher des candidats autistes Asperger? Collaborateurs, avez-vous rencontré d’autres difficultés dans votre quotidien de travail? Vos anecdotes et questions sont les bienvenues dans les commentaires!

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Commentaires (11)

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Hervé

13 juin 2017 - 15 h 03 min

Tous les témoignages concordent : rien de très extraordinaire, juste de petites particularités, qui a la longue rendent la vie impossible.
Pas de balancements, pas de mutisme, juste le besoin de calme, de sérieux.
Et la souffrance d’être incompris, malgré des efforts permanents devenus inconscients.
Et les médecins qui vous disent « vous n’êtes pas autiste ! » ; « Faites une psychanalyse » …
Et ces croyances idiotes qu’on ne peut pas avoir une vie sentimentale, se marier, avoir des amis.
Un vaste gâchis pour ceux qui souffrent, et pour la société qui se prive de nos talents.
Nous ne sommes pas tous des Michel Ange ou des Einstein, mais nous avons des hyper-compétences à partager.

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Obert Bourré Christelle

28 janvier 2014 - 17 h 05 min

Bravo pour cet article qui m’a bien rassurée quant à l’avenir de mon fils de 17 ans. Un grand merci à vous.

Christelle Obert Bourré

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Charlotte

11 novembre 2013 - 9 h 58 min

Bonjour,

A la place de « monomaniaque », je propose « passionné » tout simplement, car je n e vois pas de différence de qualité avec les passions que peuvent avoir les neurotypiques, mais de quantité. De plus, nous pouvons nous intéresser à divers domaines ou même aimer la transdisciplinarité comme moi (qui suis aspie).
Et effectivement, ce sont les caractéristiques basiques de l’autisme, même si, en nous confrontant au monde, nous trouvons nombre de stratégies pour atténuer nos traits. Une petite remarque également : l’autisme peut se voir dans notre façon travailler car nous accordons une grande importance aux détails et avons besoin plus ou moins d’avoir l’ensemble des éléments d’un dossier (discrimination des éléments après coup) avant de nous lancer, nous sommes donc majoritairement plus lents au début, mais plus rapide par la suite (mais bon, ça, il faut pourvoir rester suffisamment longtemps pour que l’employeur ait le temps de le voir).
Charlotte, une aspie qui vient de créer un début de profil talenteo (en attendant sa RQTH) car elle croit encore à son insertion dans le marché du travail…et qui est heureuse d’avoir découvert votre article (un début de changement des mentalités?).

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Sany-Meî

10 novembre 2013 - 19 h 56 min

Bnsoir
merci pour cet article léger et assez optimiste. Bon, certes, ça fait toujours du bien! 😉 je suis autiste asperger , (hpi, et leger TDA), comme Gwénaelle le plus dur est « la durée »..mais au travail ce sont surtout les employeurs qu’i faut encore convaincre que être autiste en 2013 ça n’est plus être « limité » ni psychotique..tout est dans l’info….et on a encore enormement à faire. merci!

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Myrâa

10 novembre 2013 - 1 h 49 min

Quel est le sens de l’image choisie? Qui est l’asperger au juste l’ émettrice ou le réceptrice? Merci
Myrâa aspie et pas vraiment dans les traits que vous présentez, ou disons qu’on peut toujours tenter de m’encourager sur mon poste de travail (rires)

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Ana

30 octobre 2013 - 9 h 26 min

Bonjour, en lisant cet article puis les commentaires qui l’accompagnent, je ne peux pas retenir mes larmes. C’est toute une marée de sentiments qui ont envie de s’exprimer et qui se heurtent les uns contre les autres. La solitude dans mon couple, l’admiration envers mon mari, la lutte contre l’incompréhension et l’injustice. Tantôt je l’aime et je l’admire pour son intelligence, son intégrité, tantôt je n’ai qu’une envie, partir en courant.
Je suis mariée depuis 25 ans à un autiste asperger. Même si la vie à ses cotés est difficile, très solitaire, c’est contre la société que je suis en colère, très très en colère. Ses compétences professionnelles, sa rapidité et justesse dans le travail ne sont plus à prouver. A chaque fois qu’il a quitté un poste il en a fallu 3 personnes derrière pour l’occuper. Mais aujourd’hui ça devient encore plus difficile car il est victime d’une forme d’ harcèlement sournoise. Il fait peur, il fait de l’ombre, on ne le comprend pas. Si la direction lui a confié un poste stratégique, sa hiérarchie directe s’arrange pour détourner ses fonctions au profit de quelqu’un d’autre et ça dure depuis des mois. Il est au bord de l’abîme et ça ne peut plus durer. Quoi faire? mettre son autisme en lumière? L’entreprise, une banque, est-elle prête à entendre cette annonce? en a-t’elle la capacité? quel sera le regard de sa hiérarchie ensuite. « On a besoin d’aide. »
Croyez-moi, la souffrance d’un autiste asperger est bien réelle, c’est une douleur sourde et persistante, un control de soi permanent, une lutte constante pour survivre dans ce monde qui ne les ressemble pas. Merci pour vos conseils, ils seront les bienvenus.

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    c.degarcia

    30 octobre 2013 - 11 h 01 min

    Ana,

    Tous nos remerciements pour ce témoignage.
    Ne connaissant pas exactement les rapports entretenus par votre mari et sa hiérarchie, il nous est difficile de vous donner un avis tranché. L’idéal bien sûr est de pouvoir évoquer son autisme avec sa hiérarchie afin de clarifier sa situation, surtout si les tensions sont le fait d’une incompréhension.
    Tenez-nous au courant de l’évolution de la situation !

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Gwénaële

27 septembre 2013 - 18 h 40 min

Bonjour,

Je suis autiste asperger. Je suis arrivée à passer des entretiens d’embauche. Mais pour moi, le plus gros problèmes est de m’entendre sur le long terme avec mes collègues et mes supérieurs.

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Benoit

26 septembre 2013 - 20 h 00 min

Je découvre votre article (et le site), dont il me semble connaître l’inspiration.

Je pense important de préciser que les asperger (on dit aussi aspi(e)s) sont souvent aussi différent les uns des autres qu’ils le sont du reste de la population.
C’est pourquoi tous les aspis ne partagent pas nécessairement tous les traits décrits ici. (en contrepartie, ils peuvent en avoir d’autre).

J’ai juste un reproche, est-ce que « monomaniaque » est vraiment une façon approprié de qualifier un autiste qui travaille dans son domaine de prédilection? Ne pourrait on utiliser un terme plus positif?

Merci en tout cas pour votre article.

Un aspi qui lutte dans le monde du travail.

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    Caroline Vincelet

    27 septembre 2013 - 10 h 28 min

    Bonjour Benoît

    D’abord merci pour votre commentaire et votre lecture attentive.
    Si nous avons utilisé le mot « monomaniaque » sans connotation aucune, nous réalisons qu’effectivement, ce terme peut être perçu de façon péjorative. Quel autre terme nous proposez-vous?

    Effectivement, les autistes asperger ne sont pas à classer dans une catégorie immuable, et c’est le cas pour chaque handicap. Nous tentons de faire entrer dans les mentalités qu’une personne ne peut être réduite à sa condition de santé, et que chaque handicap est différent. Ici, le but est de relever des symptômes généraux et concrets, afin de démystifier un handicap en particulier, et de ne pas se baser sur des stéréotypes (qui, pour le coup, peuvent être très péjoratifs).

    Par ailleurs, de quelle inspiration parlez-vous?

    Enfin, un conseil, créez gratuitement votre fiche membre sur lereseautalenteo.fr. En recherche d’emploi ou en veille, ce réseau social professionnel du handicap et de l’emploi vous permettra de rencontrer des personnes enrichissantes et des entreprises particulièrement ouvertes au handicap. A vous lire!

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Constans

25 septembre 2013 - 20 h 00 min

Après mon commentaire s/ votre article de fin juillet concernant les malentendant(e)s, en voici 1 sur les personnes atteintes d’ autisme de type Asperger, dans leur vie  » ordinaire  » – si tant est que l’ on puisse utiliser cet adjectif au regard de la lourdeur de ce handicap qui, précisément, rend très difficile voire impossible une vie  » ordinaire  » – et, très éventuellement, les cas restant rarissimes, dans leur vie professionnelle.

A ce sujet, la lecture du livre de Josef SCHOVANEC, « Je suis à l’est » , quelques vidéos auxquelles il a participé aussi, sont édifiantes (Sa présentation de ses « mésaventures » malgré le fond pas franchement drôle des difficultés auxquelles il est confronté est souvent très humoristique!);

L’un des enfants de Gersende et de Francis PERRIN (C’est bien « le même », le comédien plutôt comique dans ses rôles en général… Elle aussi est comédienne bien que moins connue et pour cause : des enfants non atteints de handicap particulier, cela occupe déjà bien ! Mais elle, de +, pendant de très nombreuses années comme beaucoup d’autres parents & mères surtout dans ce cas semble- t-il, s’est occupé quasi « à plein temps » de leur « petit Louis ».. Voilà de quoi obérer sérieusement les chances de mener une belle carrière professionnelle, surtout dans ce domaine, assurément; mais il semble bien qu’aucune amertume ne transparaît malgré cela dans ses écrits.) est aussi atteint d’autisme, sans être « Asperger » toutefois pour sa part ; leur livre – essentiellement écrit par Gersende, très « fort » – tour à tour affligeant par ce qu’il révèle des difficultés qu’ils avaient rencontré jusqu’à sa rédaction, drôle aussi parfois et surtout plein d’espoir pour l’avenir – et dont le titre est « Louis, pas à pas » s’avère enrichissant, humainement & intellectuellement – N.B. : j’espère que ces 2 informations ne seront pas « censurées – modérées » au motif de « Publicité interdite » ; ce serait trop regrettable…

Quand, cela est mon cas depuis que j’ai rencontré la maman d’un grand enfant atteint d’autisme, on connait – un tout petit peu, par rapport aux personnes de l’entourage familial & professionnel – cette maladie handicapante qu’est l’autisme, il peut sembler que celles & ceux atteints du type « Asperger » seraient presque des « chanceux » par rapport à la majorité des personnes atteintes d’autisme qui, elles, cumulent la plupart du temps ce handicap lourd et/mais essentiellement relationnel, avec un retard global mental, apparemment, les empêchant souvent d’accéder au peu de « norme sociétale » à laquelle les « Asperger » peuvent éventuellement commencer à « prétendre »…

Je me rappelle qu’à l’adolescence un de mes frères, pour se moquer de moi ou d’autres, (me) traitait de mongolien et trisomique, autre handicap lourd s’il en est… « C’est l’âge » qui peut expliquer pour partie tout au moins le fait d’utiliser un handicap + ou – mental pour insulter & rabaisser autrui. Mais il me semble que si l’information délivrée par vous, par exemple, dans notre cas du 25/09/13 sur l’autisme, peut permettre aux futurs adultes de ne pas se moquer mais bien au contraire d’éprouver de l’empathie & d’essayer d’aider dans la mesure de nos possibilités les (autres) handicapés – Nous le sommes toutes & tous, « handicapé(e)s », au sens large du terme tout au moins, lorsque nous sommes confrontés à certaines situations : ne le pensez-vous pas?) –
cela pourra être « un grand pas pour l’humanité » dans les sens ou nous deviendrons plus humain(e)s, de plus en + tolérant(e)s vis-à-vis des différences – comme cela s’est fait dans une certaine mesure par rapport aux différentes couleurs de peau, de religion, par exemple, – dans nos attitudes vis-à-vis de celles et ceux qui présentent les handicaps les plus handicapants et visibles, voire simplement perceptibles, dans notre société dans sa forme actuelle.

Les différences, quelles qu’elles soient me semble-t-il, sont toutes à leur origine en cause dans la peur, voire la haine de « l’ autre » et ce n’est qu’en percevant la dimension « humaine » de chaque être humain dans ses différences vis-à-vis de nous que nous pouvons le reconnaître comme tel donc comme notre égal, non un être inférieur ou supérieur à nous.

Feu Albert JACQUART, hélas décédé récemment, savait fort bien délivrer ce message d’humanité…

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